Accélération de la crise économique, guerrière et sociale pour les législatives 2022

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Chaque jour apporte son lot de constatations et confirme que nous entrons dans une nouvelle séquence dans laquelle l’écosystème change – et pas seulement sur le plan climatique, d’où la difficulté d’EELV. Toutes les forces politiques voire syndicales qui continueront à penser et à agir comme hier deviendront Gros-Jean comme devant. Pour le mouvement syndical revendicatif qui a reculé lors des dernières élections, les élections professionnelles de l’automne vont constituer une nouvelle étape. Le PS et LR commencent à le comprendre. L’extrême gauche trotskiste est désorientée donc affaiblie. Les deux pôles de l’extrême droite sont en place en attendant la prochaine « nuit des longs couteaux ». Ces deux pôles bénéficient de la crise du capital que l’extrême centre macroniste n’arrive pas à juguler, loin s’en faut. La poussée réussie dans les plaques urbaines de l’Union populaire de Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle cache un déséquilibre géographique, comme nous l’avons noté dans la chronique précédente. Le juge de paix sera les prochaines législatives, qui vont sans doute approfondir la crise de l’écosystème politique.

Guerre en Europe avant sa diffusion dans le monde

Cet écosystème est en profonde mutation. D’abord, le développement de la guerre en Europe, avant de se propager dans la Baltique et la Méditerranée et enfin dans le monde en Afrique et en Asie (lire l’article de Ph. Hervé) en est une première manifestation. Rappelons que si l’UE a permis d’éviter les conflits armés entre la France et l’Allemagne, ainsi qu’en son sein, elle n’a pas permis d’empêcher les guerres à ses marges. Les 200 000 morts de la crise yougoslave et la guerre du Donbass – qui dure depuis 2014 et qui avait tué 14 000 personnes avant l’agression russe du 24 février – n’avaient pas suffi aux yeux de beaucoup. Peu de débats sur les responsabilités et les causes de la non-application des accords de Minsk I et II respectivement de 2014 et de 2015 (sans oublier la responsabilité de l’Allemagne et de la France garantes de leurs applications). Mais nous avons eu droit :

  •  à l’agression de l’Ukraine par la Russie, à l’erreur stratégique et militaire de la Russie de croire qu’il suffisait d’un corps expéditionnaire pour renverser le régime ukrainien qui résiste,
  • aux provocations de l’OTAN dans l’installation de missiles antirusses le long de sa frontière.
  • Et au soutien sans faille de l’OTAN à l’Ukraine dans cette guerre « boostée » par des va-t’en guerre, y compris dans la gauche française.

La dernière décision de la Turquie de fermer le survol de son territoire à la Russie crée un problème difficile pour la logistique militaire russe. Nous allons dans les numéros prochains de ReSPUBLICA revenir sur les implications mondiales de cette guerre qui va, comme nous venons de le dire, se développer sur la planète. Et comme d’habitude, la logique de guerre fait deux victimes, d’abord les populations civiles et… la vérité, masquée de part et d’autre par une propagande éhontée au service des différents impérialismes.

Impérialismes et intérêts

La Chine préférerait la paix, dans la séquence qui vient, car elle deviendrait la première puissance du monde si la paix est dominante d’ici 2035.
L’impérialisme étasunien qui dirige l’OTAN a, lui, intérêt à la mondialisation de la guerre pour contrecarrer l’expansion économique chinoise, et pour devenir le principal pourvoyeur étranger d’énergie de l’Union européenne. Et s’il réussissait à renverser le pouvoir poutinien, peut-être à mettre la main sur les matières premières sibériennes.

L’impérialisme étasunien qui dirige l’OTAN a, lui, intérêt à la mondialisation de la guerre pour contrecarrer l’expansion économique chinoise, et pour devenir le principal pourvoyeur étranger d’énergie de l’Union européenne.

Les nouvelles armes fournies par l’OTAN à l’Ukraine pourraient permettre à l’Ukraine de frapper de façon offensive l’intérieur de la Russie. Et donc les risques d’une forte mondialisation de la guerre mondiale augmentent.
L’impérialisme russe, depuis son changement de stratégie, tente de « russifier » le sud et l’est de l’Ukraine pour « garantir sa sécurité ». Une extension de cette guerre pourrait avoir des conséquences incalculables sur différents peuples du monde au-delà des problèmes actuels.

Dans ce cadre, l’Allemagne, qui avait tenté sous Merkel un accord avec l’OTAN, mais aussi avec la Russie sur la fourniture du gaz russe via le Nord Stream II – ce qui lui permettait d’avoir un accord avec les écologistes allemands plus antinucléaires qu’anti-réchauffement climatique-, est en grande fragilité. Car s’asseoir sur deux chaises qui s’écartent n’assure pas longtemps la stabilité ! Bientôt le gaz de schiste étasunien en Allemagne pour le plus grand bien de l’Oncle Sam, mais pas pour la transition écologique ! Et d’une pierre deux coups, car le contrôle politique étasunien s’étend sur une Union européenne qui avait pris quelques libertés vis-à-vis des États-Unis. Après le désastre afghan, ce type de guerre prolongée où les Américains se battent avec la peau des autres est plus acceptable sur le plan interne aux États-Unis : pas de victimes étasuniennes et une balance « bénéfice-risque » positive. Pas sûr que ce soit de même pour les pays européens…

Le pire de la crise économique et sociale se prépare

Il est toujours possible pour les dirigeants capitalistes de contrecarrer un temps, par certains artifices conjoncturels, la crise du capital. Mais cette dernière utilise le temps de l’histoire pour resurgir. Nous y sommes. La bourgeoisie française a fait son « quoi qu’il en coûte » d’une ampleur qui se révèle inférieure à celle de nos voisins. Eh bien maintenant, il faut rembourser les prêts garantis par l’État (PGE) dans une conjoncture sanitaire encore fragile, pour pas dire plus. Les défaillances d’entreprises s’accélèrent.

La guerre prolongée fait monter les coûts de l’énergie et des intrants industriels et des moyens de subsistance. Une partie du peuple est prise dans la nasse. Les luttes pour le pouvoir d’achat vont donc se développer. Et comme, pour une partie du peuple, ce sera une question de survie, cela ne se passera pas comme un dîner de gala. L’extrême centre macroniste qui avait déjà déployé des chars de l’armée contre les gilets jaunes vient d’en commander de nouveaux au cas où…

Les médias dominants, élément de la propagande du pouvoir, qui avaient applaudi à l’élection d’Emmanuel Macron en décrétant le Macron nouveau, vont devoir bientôt changer de registre.

Car, maintenant qu’il est réélu, il suffit d’aller lire le Programme de stabilité 2021 -2027 qu’il a adressé à la Commission européenne l’année dernière, comme tout pays de l’UE, pour comprendre que Macron II sera pire que Macron I. On y remarque la vraie politique qu’il compte réaliser qui bien évidemment n’a que peu à voir avec le discours de guimauve du Champ de Mars.

Maintenant qu’il est réélu, il suffit d’aller lire le Programme de stabilité 2021 -2027 qu’il a adressé à la Commission européenne l’année dernière, comme tout pays de l’UE, pour comprendre que Macron II sera pire que Macron I.

En dernier lieu et ce n’est pas le moindre, l’inflation forte est de retour. Qui dit inflation forte dit tendance à la perte de valeur des biens. La bourgeoisie et le grand patronat demanderont une sévérité accrue face aux revendications légitimes des travailleurs. Mais une inflation forte, c’est la mise en difficulté supplémentaire pour les CSP – et les précaires. Les luttes pour le pouvoir d’achat vont donc redoubler.

Prenons un seul exemple : les retraites. Au dernier séminaire du Conseil d’orientation des retraites, nous avons bien vu que le système des retraites pouvait passer la séquence 2030-2035 avec une simple augmentation de 0,6 % du PIB, soit environ 14 à 15 milliards – ce qui est peu en comparaison des aides pour le grand patronat. Et même le comédien Macron a dû dire qu’il veut réformer les retraites pour financer la branche autonomie.

Et les législatives dans tout ça ?

Tout d’abord, en dire plus sur le réel à la sortie du deuxième tour de la présidentielle. Avec une abstention de plus de 28 % des inscrits, n’oublions pas de mettre en valeur les votes blancs et nuls pour 8,60 % des inscrits (6,35 % pour les votes blancs et 2,25 % pour les votes nuls), car ce sont 3 millions d’électeurs qui se sont déplacés pour dire qu’ils ne voulaient ni de Macron-McKinsey, ni de Le Pen. Et si on ajoute les non-inscrits sur les listes électorales, on est à environ 40 % des citoyens qui soit ne voulaient pas de Macron-McKinsey ni de Le Pen, soit ne sont pas concernés par le suffrage universel. C’est énorme.

Les réunions pour rassembler dans chaque pôle (pôle bourgeois, pôle extrême droite, pôle de gauche) vont bon train. Macron et Mélenchon visent chacun la majorité des députés, Le Pen dit lutter pour être le pôle oppositionnel le plus fort à Macron.

Les sondages

Harris Interactive a sorti sa projection en nombre de sièges en cas où chaque organisation partirait séparée au premier tour et en cas d’accord dans chacun des pôles. Ce sondage est à prendre avec précaution (les sondages réalisés deux mois avant sont souvent biaisés pour influencer les citoyens par des redressements qui ne sont jamais publiés. Ils deviennent, dès que l’on s’approche du terme, plus sérieux, car l’institut qui s’est trompé perd ses clients. D’autre part, car il est possible que le réel soit entre les deux options choisies par l’institut de sondage).

Un autre biais existe, c’est que ce sondage place dans chaque circonscription une organisation politique ou une coalition alors que dans le réel, ce sont des candidats différents dans chaque circonscription. Donc, il ne tient pas compte de l’influence de certains notables dans les territoires. Nous connaissons tous d’importants votes pour certains notables, sans commune mesure avec les votes pour leur organisation quand ils ne sont pas directement candidats. Donc la marge d’erreur de ce sondage est nettement supérieure à celle indiquée. De ce fait, on peut dire que la commission nationale qui contrôle les sondages n’est pas à la hauteur des enjeux…)) Nous ne l’utiliserons donc que pour donner des tendances et sûrement pas pour la vérité des chiffres. Ce sera différent dès que nous connaîtrons les candidats réels.

Dans le cas de la gauche, ce sondage montre qu’en partant séparés le PC et les Verts (5 à 10 pour le premier et 1 à 5 pour le second) n’auront pas de groupe contrairement à LFI (25 à 45 députés) et au PS (20 à 40 députés) et qu’en partant unifiés, le total oscillerait entre 73 et 93.

Pour le bloc bourgeois, le sondage donne 35 à 65 députés pour LR-UDI-DVD partant seul et 328 à 368 pour LREM-Modem-Horizons partant seul. S’il y a une alliance entre les deux, le nombre total serait de 326 à 366. On comprend que les LR vont une fois de plus se diviser en fonction des intérêts personnels.

Pour le bloc d’extrême droite, seul le RN est crédité de 75 à 105 députés et aucun aux autres formations. Si le RN fait une alliance avec DLR et Reconquête, il est crédité de 117 à 147 députés. On comprend l’insistance de Reconquête pour une union malgré les critiques formulées contre sa consœur national-populiste

Un autre sondage réalisé par Cluster 17 pour le premier tour des législatives donne 34 % pour la gauche unifiée autour de l’Union populaire, 24 % pour LREM et ses alliés, 24 % pour l’extrême droite et 9,5 % pour LR et ses alliés. Mais là aussi des biais identiques au sondage précédent ne permettent que de voir des tendances, car les marges d’erreur sont très importantes.

Cependant cette tendance stimule les partisans de la gauche unifiée autour de l’Union populaire, d’autant que c’est la seule perspective qui semble jouable pour la gauche. Compte tenu de l’écart entre ces souhaits et de premiers sondages largement critiquables, on voit bien que certains vont être déçus !

Et le nerf de la guerre…

Il y a deux batailles concomitantes, celle du nombre de députés, mais aussi celle du nombre de voix qui garantit le financement ou non pour chaque organisation politique de rattachement.

À noter aussi que les législatives sont les élections qui définissent le financement public annuel des organisations politiques de 2003 à 2007, à partir d’un prorata des voix obtenues et du nombre de députés élus. On peut alors comprendre qu’il y a deux batailles concomitantes, celle du nombre de députés, mais aussi celle du nombre de voix qui garantit le financement ou non pour chaque organisation politique de rattachement. Certaines n’étant présentes que pour le financement public de leur organisation sur la séquence 2023-2027 et les autres qui se battent pour le financement public et pour avoir le maximum de députés. On comprendra alors que dans les réunions pour rassembler les forces, la question du financement des organisations est une question de vie ou de mort pour certaines organisations.

Conclusion de la semaine

Nous espérons que le débat de la campagne des législatives portera sur les questions qui préoccupent les citoyens et les travailleurs de ce pays : le pouvoir d’achat (et pas seulement le montant du SMIC, car il a trop de millions de personnes qui gagnent moins que le SMIC), la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale – et pas seulement sur les effectifs), la sûreté et la sécurité, l’instauration d’une vraie démocratie, le chemin vers plus de laïcité et plus d’universalisme concret ici et là, sur la lutte contre les inégalités sociales, la solidarité et la dignité (comme dans les Ehpad par exemple), la souveraineté populaire, le développement social et écologique, la lutte contre le réchauffement climatique, la transformation du travail dans les métiers en lieu et place des archaïsmes découlant du fordisme et du taylorisme. Car le moins que l’on puisse dire est que nous sommes restés sur notre faim dans la dernière campagne présidentielle, les prêtres qui sévissent dans les médias dominants étant plutôt formatés par le mouvement réformateur néolibéral.

Mais le développement de la crise économique, guerrière et sociale qui vient rebat de nombreuses cartes. Même si tout le monde ne saisit pas de suite les conséquences de celles-ci, il nous apparaît important d’être à l’initiative partout où c’est possible de faire vivre le débat citoyen sur les sujets portés par nos articles.

A vous de nous le confirmer !