Le président colombien Gustavo Petro annonçait la couleur : « je n’étais pas d’accord avec la déclaration finale de la COP 30 qui n’a fait aucune mention sur l’arrêt des énergies fossiles ». La pression des transnationales du pétrole, du gaz ou du charbon est une réalité, et leur présence à Belém n’était pas que symbolique. Or, la règle du consensus empêche depuis deux ans toute avancée sur les énergies fossiles. D’où l’idée de revenir sur les discussions dans ce domaine lors de cette rencontre qui se déroulait à Santa Marta.
Douze pays américains étaient présents, mais seulement quatre poids lourds (Canada, Mexique, Chili, outre le pays hôte) et quinze Européens (dont la France), l’Afrique, l’Asie et l’Océanie étant un peu moins largement représentés. Bien sûr, les États-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie, ainsi que bon nombre des pays de l’OPEP, ne s’étaient pas dérangés pour l’occasion, ayant placé leurs intérêts ailleurs.
Et, de fait, ils auraient peut-être eu du mal à digérer le discours de Petro, qui sonnait pourtant bien aux oreilles des militants : « le monde est menacé par un modèle de capitalisme suicidaire qui conduit à la guerre, au fascisme et à l’extinction potentielle de l’humanité ». Le Président colombien pointait « l’inertie du pouvoir et de l’économie de cette forme d’énergie archaïque », mais le capitalisme est-il seulement capable de s’adapter à un autre modèle énergétique qui ne recourt pas aux énergies fossiles ?
Une sorte d’« anti-COP »
L’organisation des cinq jours de travail de la conférence se voulait plus inclusive, moins compartimentée que celle des COP. Elle s’articulait autour de trois panels : le panel académique, au cours duquel des scientifiques du monde entier ont pu débattre, puis un sommet des peuples incluant des représentants associatifs, communautaires et syndicaux, pour terminer avec les représentants des gouvernants présents à ce sommet.
L’idée était que la science garde son rôle central, centrée sur la foi de la preuve et la responsabilité des scientifiques, mais désormais ouverte – et cela est plus neuf – aux connaissances ancestrales et locales. Des représentants de communautés indigènes, paysannes, partageaient ainsi leurs expériences du terrain et racontaient la dégradation de leurs lieux de vie.
Peu de pays ont expliqué leur feuille de route pour l’abandon des énergies fossiles, contrairement à la France – qui tentait sans doute de faire oublier la piteuse participation de son président à la Cop 30(1)COP 30 de Belém : les absents et les pitres – ReSPUBLICA.. Mais nombreux sont ceux qui ont souligné les difficultés des pays du Sud : déjà acculés au paiement de leur dette, ils peinent à investir dans les énergies renouvelables, avec un accès au crédit toujours plus compliqué. La dette de l’Afrique a en effet doublé au cours de ces cinq dernières années, dépassant les 1 000 milliards de dollars.
Les États du Pacifique ont plaidé pour la signature d’un traité de non-prolifération des énergies fossiles qui, à l’image du traité de non-prolifération des armes nucléaires, viserait à mettre fin au financement des infrastructures de production des énergies fossiles, puis à réduire la production existante.
Cibler la source
Pour la première fois, les discussions n’évoquaient plus seulement la réduction des émissions, donc des effets de la production, mais la réduction de la production elle-même, pour cibler la source. La proposition de traité international de non-prolifération des combustibles fossiles a eu du succès.
Un panel scientifique international dédié à la transition énergétique mondiale devrait conseiller les gouvernements et surveiller les progrès dans l’élimination de combustibles fossiles.
Bien sûr, cette conférence n’a pas la capacité de contraindre qui que ce soit. Pourtant, le représentant de Panama le soulignait : « Santa Marta est un moment historique, car c’est la première fois que nous pouvons ouvrir nos cœurs, nos esprits et avoir une véritable conversation sans ces stupides demandes de mise au vote, sans ces stupides procédures qui font dérailler toute la séance et ne nous laissent que 10 minutes pour aborder le fond ».
Les ONG font un retour plutôt positif de l’événement. Pour Greenpeace, il a permis la mise en place de jalons politiques, même si les résultats dépendent de l’exécution des engagements. WWF insiste sur le tournant décisif de la conférence dans le déplacement du débat vers la concrétisation des mesures prises.
Conclusion
Le discours on ne peut plus clair de Gustavo Petro aura très certainement marqué l’ensemble des participants tant il a pointé les responsabilités du capitalisme en matière environnementale et lui a reproché de poursuivre coûte que coûte une politique énergétique suicidaire. D’ailleurs, le message de Petro visait à réveiller tant les écologistes que les militants de gauche : il est temps d’agir, partout, pour empêcher le capitalisme d’agresser la planète et ceux qui l’habitent.
Notes de bas de page
| ↑1 | COP 30 de Belém : les absents et les pitres – ReSPUBLICA. |
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