Que faire après la trilogie 17 novembre 2018, 19 janvier 2023 et 17 octobre 2026 ?

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Les trois derniers mouvements sociaux qui ont embrasé le pays – le mouvement des gilets jaunes, le mouvement des retraites et la convergence des colères que nous vivons actuellement – ont montré les caractéristiques de l’extrême centre au pouvoir. Un exécutif coupé des masses, incapable de comprendre et d’analyser le réel, obsédé de façon monomaniaque par la répression du peuple, couplé à un narratif uniquement favorable aux ultra-riches et aux grandes entreprises et à un fort mépris de classe.

L’intervention d’Emmanuel Macron du 18 octobre fut une apothéose mystique de la séquence. Sitôt dit qu’il a fait la différence entre les manifestations dont les revendications sont légitimes d’une part, et les « casseurs » et les « pilleurs » d’autre part, il ne répond à aucune revendication, notamment des lycéens, puis il déroule un narratif éculé et sans fondement dans lequel une « ultragauche » serait à la manœuvre pour les violences contre les biens et les personnes. Laure Beccuau, procureur de la République à Paris, émettra de fortes réserves à cette analyse.

À la suite de cela, les politiques d’extrême centre et d’extrême droite font un amalgame entre ce qu’ils appellent « l’ultragauche » et LFI. Les médias dominants ont organisé des débats-traquenards entre des commentateurs d’extrême centre ou d’extrême droite contre des personnalités politiques de gauche (y compris contre des maires divers gauche comme le maire de Marseille). Prenons l’exemple de LCI ce week-end : ils étaient à 4 contre 1 et empêchaient toute personnalité politique de gauche de répondre aux questions posées, comme si les personnalités politiques de gauche étaient toutes des adversaires des commentateurs de l’extrême centre. Quand on voit cela, on se met à souhaiter le retour de médias républicains conformes au programme du Conseil national de la résistance du 15 mars 1944 appliqué à la Libération.

On a aussi envie de débattre de ce qui s’est réellement passé, et pas sur la base de narratifs mensongers. D’abord, il y a eu près de 800 000 manifestants beaucoup plus jeunes que d’habitude avec des revendications immédiates admises par toutes et tous qui auraient mérité des réponses positives, notamment sur le manque de professeurs, sur les bâtis scolaires, sur Parcoursup. Or, aucune réponse positive à la hauteur des enjeux n’a été apportée. Le pire du mépris fut qu’il a fallu attendre trois semaines depuis les premiers blocages du 21 septembre pour que le ministre de l’Éducation et le Premier ministre admettent qu’il manquait des milliers de professeurs devant les élèves. Aucune réponse du Président de la République le 18 octobre au soir. Mais là où c’est grave, c’est que cela fait dix ans que cela dure. Datons la chose : depuis la loi El Khomri déjà avec François Hollande et Emmanuel Macron.

Passons maintenant aux violences et aux pillages. Disons-le tout de go : nous ne donnons aucune légitimité aux violences contre les biens et les personnes. Simplement, nous attendons les résultats de l’IGPN, car nous avons des remontées ici et là de violences scandaleuses commises par la police, y compris filmées.

Sur la doctrine du maintien de l’ordre, l’amateurisme visant à supprimer les grenades assourdissantes puis, quelques jours plus tard, à les réutiliser ne peut se justifier. A priori, les armes mutilantes (grenades, LBD, etc.) non utilisées par les autres pays européens ne devraient plus être utilisées. Nous sommes loin de la lettre aux policiers du 29 mai 1968 signé du préfet de police d’alors, Maurice Grimaud.

Sur le renseignement, soit il est défaillant, soit l’exécutif est débordé par les évènements. Dans les deux cas, et dans un monde hyper connecté, c’est un scandale, car un service républicain de la police qui doit protéger les biens et les personnes se doit d’être à la pointe du renseignement. Il est donc inadmissible d’avoir moins mobilisé de policiers que pour des évènements bien moins importants. Et pire, le choix du placement des policiers caractérise l’extrême centre. Forte priorité de placer les policiers autour de la manifestation des lycéens avec des revendications exemplaires et non pour protéger les bâtiments publics et les commerces contre l’explosion du mouvement des « autonomes » casseurs et pilleurs pour qui ce fut « open bar ».

D’autant que les « autonomes » ne sont pas un phénomène nouveau. Il est ancien. Déjà au 19ème siècle, le mouvement ouvrier fut confronté à des actions de ce que Karl Marx appelait le lumpenprolétariat. Ces actions de destruction, de vol, font souvent le jeu de l’oligarchie capitaliste qui estimait et estime toujours que les « autonomes » d’une part, et la gauche et le mouvement ouvrier d’autre part, sont un seul et même adversaire. Or, ils sont facilement « infiltrables » par la police et l’histoire du mouvement des « autonomes » dans leur grande diversité est largement connue(1)« Le monde ou rien » : qui sont les « autonomes », qui émaillent les manifestations ?. : tous les commentateurs honnêtes sont capables de faire la différence entre les actions légitimes du mouvement ouvrier et des gauches et les actions du mouvement des « autonomes » dans leur diversité.

Bien évidemment, il revient aux organisations de gauche, au syndicalisme revendicatif, au mouvement ouvrier d’être plus clairs sur les actions légitimes qu’ils préconisent et de faire connaître les types d’actions qu’ils considèrent illégitimes. Déjà, dans le syndicalisme, le débat est relancé sur les services d’ordre aujourd’hui utilisés seulement pour la protection des carrés de tête ou même des leaders. Et pourquoi ne pas élargir cela à la protection de la manifestation elle-même ? Il nous a été remonté plusieurs cas, lors de la manifestation du 17 octobre 2026, de réactions des manifestants eux-mêmes pour empêcher les dégradations souhaitées par des « autonomes » destructeurs de biens.

Continuons l’analyse. Plusieurs sociologues voient dans le développement du mouvement des « autonomes » une typologie extrêmement diversifiée(2)black blocks organisés, « délinquants d’opportunité » pour piller puis revendre, casseurs, etc.. Ils y voient, comme Fabien Truong, « l’aboutissement d’une colère restée sans réponse politique depuis des années ». À partir de là, cependant, il peut se concrétiser soit dans des revendications comme celle des lycéens, soit dans des actions de division du peuple, comme celles des « autonomes ». Il est donc important de bien saisir cette distinction pour favoriser le passage par des actions de revendication explicites couplées à des liens organiques entre les militants organisés et les différentes composantes du peuple, à commencer par celle de la classe populaire ouvrière et employée. Et, dans les débats, refuser les actions violentes qui donnent du grain à moudre au grand patronat, à l’extrême centre et à l’extrême droite comme les pillages de masse et la casse des bâtiments publics. Attention, ce débat traverse aussi le milieu intellectuel et doit donc devenir un sujet de débat explicite au sein même des gauches.

Non, le problème n’est pas uniquement un problème d’ordre public, il correspond aussi à une mutation du système économico-politique qui nous enserre. Car, quand les demandes syndicales sont constamment repoussées, quand les revendications de fond qui se cachaient derrière les revendications immédiates des « gilets jaunes » sont constamment marginalisées, quand le refus majoritaire du peuple des contre-réformes sur les retraites est balayé par des slogans débiles du style « on a plus d’argent », voilà le carburant central qui mène aux violences du 17 octobre. Ségrégation spatiale, refus de la mixité sociale, refus de passer de la massification de l’école à sa démocratisation, augmentation stratosphérique de la pauvreté et des injustices sociales, voilà ce qu’il faut changer !

Et, pour l’ordre public, il convient de créer un vrai service public de police et de supprimer les causes du développement du lumpenprolétariat en donnant à toutes et tous les chemins de l’émancipation. Il convient de punir les casseurs et pilleurs, mais aussi d’ouvrir l’intégration (car c’est de cela qu’il s’agit) à ces garçons issus de familles pauvres avec un avenir incertain qui basculent dans l’illégalité sans suffisamment réfléchir. En résumé, il faut réintégrer ces enfants pauvres dans la société !

Notes de bas de page

Notes de bas de page
↑1 « Le monde ou rien » : qui sont les « autonomes », qui émaillent les manifestations ?.
↑2 black blocks organisés, « délinquants d’opportunité » pour piller puis revendre, casseurs, etc.