Dépasser le plafond des 30 % et s’appuyer sur le social
Quand on veut engager ce processus par les urnes avec 30 % des votants pour le total des voix de l’ex-NFP, on est déjà dans la confusion politique. Tout juste, cette fausse bonne idée permet d’éviter l’élection d’élus d’extrême droite ou l’accession au pouvoir de cette dernière. En revanche, elle garantit de donner systématiquement le pouvoir à l’extrême centre, extrême centre dont la politique est l’une des causes de la montée de l’extrême droite.
Pourtant, ici et là, des victoires locales positives ont eu lieu et il est important de savoir pourquoi, ainsi que de déterminer si ce phénomène est transposable au plan national. Pour chaque cas, le primat du social dans la mobilisation politique et l’analyse sociologique du territoire sont majeurs. À New York, Zohran Mamdani a gagné, car il a, durant plusieurs années, centré sa campagne principalement sur des questions sociales : blocage des loyers, baisse des coûts – jusqu’à la gratuité – des crèches et des transports locaux, etc.
À Paris, Emmanuel Grégoire a compris que le blocage des loyers souhaité par les locataires versus le déblocage des loyers souhaité par la droite des propriétaires serait central pour son électorat. Il a proposé, sur différents sujets sociaux, une sorte de changement dans la continuité avec sa prédécesseur (petite enfance notamment). Et on retrouve des cas similaires dans de nombreuses villes de France.
Du local au national ? Transposition délicate
Mais cela n’est pas transposable sur le plan national, car la sociologie de la majorité des territoires n’est pas à l’image de la sociologie des grands centres urbains. Sur le plan national, il y a beaucoup plus d’ouvriers, d’employés, que dans les grands centres urbains, par exemple. Selon les données de l’INSEE datant de 2025, Paris regroupe 25 % d’ouvriers et d’employés, contre 41,8 % sur toute la France. Pour les cadres et professions intellectuelles supérieures, ils sont plus de 50 % à Paris et plus de 23,8 % sur toute la France.
Voilà pourquoi il est important de déterminer les conditions du processus d’entrée post-capitaliste de notre pays pour 2027.
Un candidat ou une candidate unique pour toute la gauche
Avec 30 % des votants, nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir deux ou trois candidats si nous voulons être présents au deuxième tour. Il faut donc, car nous sommes pour l’instant dans une désignation du Président de la République avec des pouvoirs trop substantiels, un seul candidat ou une seule candidate pour se retrouver au second tour contre l’extrême droite et l’extrême centre.
Unifier la classe populaire
Sans luttes sociales et sans une classe unifiée, il n’y a plus d’alternative au désenchantement du plus grand nombre.
L’unification de la classe est une condition indispensable avec la nécessité du front unique. Elle est de plus en plus indispensable, vu que le grand patronat et, derrière lui, les médias dominants, l’extrême centre et l’extrême droite, accentuent la lutte des classes par un surcroît toujours plus fort d’austérité supporté par le bloc populaire. Sans luttes sociales et sans une classe unifiée, il n’y a plus d’alternative au désenchantement du plus grand nombre. Bien sûr, la classe populaire nécessite de transformer la classe en soi (environ 41,8 % des inscrits) par la classe pour soi, après le succès du discours contre-hégémonique et la marginalisation de l’esprit de résignation des travailleurs(1)La matrice des classes sociales – ReSPUBLICA.. Il s’agit de la classe populaire ouvrière et employée. C’est, en fait, la mondialisation numérique du capitalisme qui unifie petit à petit les ouvriers et les employés.
Le réel du champ politique à gauche à la mi 2026
Parti socialiste
D’abord, classons à gauche ceux qui sont pour des alliances de toute la gauche. Étant donné que le PS a vu la mise en minorité d’Olivier Faure lors d’un bureau national, il faudra attendre au minimum juin 2026 et le choix des adhérents du PS pour connaître la nouvelle stratégie du parti. Nombreux sont ceux qui, actuellement dans l’opposition à Olivier Faure, sont ouvertement pour une recomposition avec leurs anciens collègues transfuges au sein de l’extrême centre macroniste. Là, on n’est plus à gauche, car on n’est plus en phase avec l’histoire du mouvement ouvrier.
La France Insoumise
Nous avons déjà écrit l’essentiel(2)« Nouvelle France » : où veut-on nous emmener ? – ReSPUBLICA. en ce qui concerne cette organisation de gauche qui a malheureusement une ligne de division de la classe populaire, ouvrière et employée, sur fond de montée des tensions identitaires qui fragmentent le peuple en différentes chapelles. Pour l’emporter, il y a nécessité d’un changement de ligne stratégique.
Le Parti communiste français
Le PCF, qui ne représente que 2 à 3 % de l’électorat, se mure actuellement dans un silence certain. Bizarre, pour un parti qui se dit de transformation sociale.
Les Ecologistes
La secrétaire nationale des Ecologistes vient d’être mise en minorité. Certains ont déjà dit qu’ils ne souhaitaient pas d’alliance avec toute la gauche, d’autres sont pour une alliance avec LFI sans le PS, ou l’inverse, avant de connaître la nouvelle stratégie du PS. Ce qui est en opposition avec la nécessité d’un rassemblement de toutes les gauches.
L’Après
Pour l’Après, formé par la majorité des purgés de LFI et rejoint par le mouvement Ensemble, il ne peut suffire d’appeler à une alliance unitaire sans faire de propositions du type appel à la construction des comités populaires du NFP contre les lignes de division de la gauche. Sans stratégie de front unique, l’Après servira de marchepied aux différentes fractions « unitaires » des uns contre les autres.
Debout
Pour Debout, l’organisation de François Ruffin, le primat du social est mis en avant et son leader est un bon candidat de second tour. Mais nous ne voyons pas ce qui, dans la ligne stratégique de Debout, peut permettre son accession au premier tour. Pas d’action pour le front unique, pas de mobilisation, pour l’instant, sur la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale) et son financement.
La situation est donc problématique : élargir le bloc populaire via les têtes de réseaux
Le primat de la question sociale n’invalide pas la nécessaire globalisation des combats.
Bien évidemment, le primat de la question sociale n’invalide pas la nécessaire globalisation des combats, au-delà des questions économiques et sociales. Doivent être intégrées, dans la ligne stratégique du « Que faire ? », des questions sur la démocratie et la souveraineté, la laïcité et l’universalité, l’écologie, le féminisme, l’antiracisme, le droit à l’immigration et à la nationalité, la géopolitique mondiale, etc. Ne soyons pas dans le déni habituel : la demande de plus de sécurité ou de sûreté publique dans le respect des libertés individuelles et collectives figure en deuxième place des préoccupations de nos compatriotes.
Il en est de même concernant la détérioration des services publics faute d’ambition et de moyens : le manque de postes pour les écoles publiques avec la montée du séparatisme scolaire, la détérioration des services hospitaliers publics qui favorise le mercantilisme médical privé pour les plus fortunés, la vie publique gangrénée par la corruption générée par le commerce de la drogue… Tout cela crée, entre autres, la désertification des zones rurales qui se sentent abandonnées, alors qu’une politique publique républicaine se doit d’assurer l’égalité sur tout le territoire de la République.
Pour chacune et chacun, les partis et les syndicats, qui sont tous deux nécessaires à l’unification de la classe, doivent incorporer l’ensemble des questions sans en omettre aucune. Ils doivent avoir au moins une commission sur chaque sujet et tisser, pour chacun d’entre eux, un lien avec des têtes de réseaux des mouvements sociaux.
Que faire dans l’immédiat ?
Nous vous proposons des visio-débats sur tous ces sujets. Ceux qui sont intéressés peuvent le faire savoir en écrivant à l’adresse evariste@gaucherepublicaine.org. Plus vous serez nombreux, plus nous serons enclins à réaliser une émission radio ou un podcast sur ces sujets. Vous pouvez consulter les podcasts déjà réalisés sur Educpod, en suivant le lien suivant : ÉducPod : Le podcast du Réseau Éducation Populaire | Ausha.
Enfin, tous nos intervenants peuvent animer une réunion publique qu’il est possible d’organiser dans vos départements, régions, localités. Il suffit d’en faire la demande au journal sur le courriel d’Evariste.
Notes de bas de page
