RN : les tartuffes de la laïcité

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Marine Le Pen vient d’annoncer sur son compte X qu’elle proposera un référendum pour soumettre aux Français de choisir pour ou contre l’interdiction pure et simple du voile islamique sur la voie publique. Et cela au nom de la lutte pour l’émancipation des femmes et contre les entrismes de l’Islam ? Quelle hypocrisie !

Nous proposons dans cet article une analyse démontrant que cette position ne tient pas et qu’elle cache une autre motivation. Car, si les dirigeants du RN étaient réellement épris de neutralité religieuse, du respect des droits des femmes et de la lutte des entrismes, ils se comporteraient différemment et seraient sur des fronts où ils ne sont pas.

Ce qu’interdit la loi de 1905

La liberté par le référendum de faire interdire une pratique sur la voie publique ? Voilà qui relève de l’étrange.

Un tel référendum, s’il était proposé, revient ni plus ni moins à institutionnaliser une discrimination à l’égard des musulmans, c’est-à-dire à ne pas les considérer comme des citoyens français d’abord. Le séparatisme exprimé n’est donc pas du côté de ces derniers, mais de celui du RN, qui prend donc en otage les Françaises et les Français pour les inviter à exclure une autre partie du peuple montré du doigt, et à en restreindre les libertés « au nom d’une normalisation ».

À ce compte, pourquoi se limiter au seul voile islamique ? Que dire de celles et ceux qui portent ostentatoirement un crucifix ou une soutane sur la voie publique (les prêtres, les moines) ou un voile (les sœurs, les moniales) ? En quoi ces comportements sont-ils plus acceptables ?

L’on pourra aussi souligner que le port de la kippa ou des péots chez les juifs orthodoxes sont également trop ostentatoires pour être admis dans l’espace public – d’autant qu’ils affubleraient, à croire certains, des sionistes (voire des génocidaires) – tout comme d’autres signes religieux pourraient laisser croire à un penchant pour le jihad – comme, par exemple, dresser l’index vers le ciel (le Tawhid).

Bien entendu, toutes ces attitudes se doivent d’être légales dès lors qu’elles sont dans le respect de l’article L. 2212-2 du Code général des collectivités territoriales (CGCT) qui définit les principes du trouble à l’ordre public.

En revanche, s’il est une chose qu’interdit la loi de 1905, c’est de reconnaitre un culte et de le financer.

En conséquence, un référendum visant le voile islamique serait probablement anticonstitutionnel – ou à minima illégal – puisque cela reviendrait à reconnaître comme acceptables des religions au détriment d’une autre. Or, l’État se doit d’être neutre.

Comment financer indirectement les églises : le bail emphytéotique

Si au RN, leurs dirigeants et leur arrière-cour avaient un réel amour de la laïcité, nous devrions les voir sur d’autres fronts où ils brillent par leur absence.

Par exemple, le bail emphytéotique permet à une collectivité territoriale de louer pour un euro symbolique un terrain pour une durée de 18 à 99 ans. Ce dispositif est largement employé pour l’Église de Rome comme pour certaines associations cultuelles musulmanes, mais aussi pour des écoles privées confessionnelles, etc(1)https://www.senat.fr/rap/r14-345/r14-3458.html..

« Les collectivités territoriales et le financement des lieux de culte » : oui, vous lisez bien !

Inutile de dire qu’au prix actuel du mètre carré à Paris (entre 6500 €/m² et 16 300 €/m² d’après https://www.meilleursagents.com/prix-immobilier/paris-75000/), un bail emphytéotique représente un sacré manque à gagner à l’heure où l’on recherche pourtant des budgets pour financer tant de travaux d’aménagement.

À quel titre les églises bénéficient-elles d’une telle largesse ? Le bail emphytéotique confère au locataire quasiment les mêmes droits qu’un propriétaire.

Mais, surtout, avez-vous vu un projet de loi du RN pour dénoncer tout cela ? Bien sûr que non, puisqu’attaquer le financement de construction des mosquées – le bail emphytéotique est utilisé dans un tel cas par les mairies – reviendrait à se tirer une balle dans le pied en dénonçant ce qui est beaucoup plus acceptable : les baux accordés à l’Église de Rome.

Cachez ce Saint que je ne saurais voir !

Dans les années 1990-2000, un néologisme a fait son apparition dans le paysage politique français : la cathophobie – par mimétisme phonétique avec l’islamophobie d’un Tariq Ramadan.

Il est alors intéressant de demander à un moteur d’intelligence artificielle généraliste (LLM) quels femmes et hommes politiques français ont le plus utilisé ce mot : les noms d’Eric Ciotti, de Marine Le Pen, de Gilbert Collard ou plus tard d’Éric Zemmour sortent dans les réponses.

Nos origines « judéo-chrétiennes » se trouveront aussi régulièrement dans la bouche d’un Bruno Retailleau, démontrant par là une adhésion franche et nette à une frange religieuse qui exclut l’Islam des origines occidentales. ReSPUBLICA n’a d’ailleurs pas manqué de traiter ce pseudo-concept dénoncé notamment par Sophie Bessis(2)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-culture/respublica-histoire/la-civilisation-judeo-chretienne-anatomie-dune-imposture/7439917..

Mais le RN oublie ici de mentionner les idéologies de sa vieille garde issue des époques de « papy Jean-Marie » : son ancien trésorier Wallerand de Saint-Just(3)https://fr.wikipedia.org/wiki/Wallerand_de_Saint-Just., l’avocat du parti et l’un des tous premiers à avoir employé le mot de cathophobie, et pour cause, puisqu’il est le cofondateur de l’AGRIF, Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne, fondée en 1984. Il en a été l’un des responsables juridiques et l’avocat régulier, attaquant en justice des œuvres d’art, des pièces de théâtre ou des articles de presse jugés « blasphématoires » envers le catholicisme.

Ce Saint fut également membre du mouvement Chrétienté-Solidarité, qui prône depuis les années 80 un combat politique et culturel fondé sur la doctrine sociale traditionaliste de l’Église, la défense des valeurs chrétiennes face à la laïcité et la lutte contre l’islamisation !

Aujourd’hui, le RN dit avoir changé. Dans le discours, n’en doutons pas. Mais côté idéologie ? Une volte-façade ?

Comme le disait Cléante dans l’Acte Premier, Scène 6 du Tartuffe :

« Il est de faux dévots ainsi que de faux braves…

Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,

Font de dévotion métier et marchandise. »