Zéro Covid : pour une stratégie sanitaire d’élimination du coronavirus

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Note de la Rédaction : Depuis un an que l’exposition au coronavirus détermine la vie publique et privée dans nos sociétés, le débat politique relatif à la stratégie sanitaire à adopter en France se caractérise par un degré remarquable d’indigence et de suivisme, faute d’un travail sérieux de confrontation des médias et de la classe politique à la complexité des données scientifiques. Les effets de mode et l’attention sélective consacrée aux bateleurs ont fait écran à la diversité des stratégies proposées et à la remontée progressive de données épidémiologiques permettant d’en soupeser les avantages et les inconvénients. L’époque ouverte par l’irruption du covid ne se refermera pas de sitôt : d’autres crises sanitaires et environnementales adviendront, dont le règlement démocratique ne sera possible qu’au prix d’une appropriation collective d’une éthique de l’argumentation rationnelle, contradictoire et étayée par des procédures de vérification empirique. Cette appropriation a débuté depuis plusieurs mois chez nos voisins. Il est temps qu’elle commence en France.

En effet, il y a urgence : le mélange de laxisme et de coups de menton de l’exécutif maintient la circulation du virus sur un “plateau haut” à 20.000 contaminations par jour. Aux centaines de décès quotidiens, il faut ajouter des milliers de personnes, parfois jeunes et en bonne santé, qui restent handicapées durant des mois et dont certaines ne recouvreront jamais leurs facultés antérieures (c’est le “covid long”). Si, comme le suggèrent les projections, les variants britannique et sud-africain deviennent majoritaires avant la fin février, les données des pays voisins, projetées sur le plateau français, augurent d’une hausse mécanique du facteur de reproduction épidémique au-dessus de 1, synonyme d’une explosion rapide des services de réanimation. Dans ce contexte, le mot d’ordre “Zéro Covid” fédère de plus en plus de partisans d’une politique d’élimination du virus comme celle qui a été appliquée avec succès dans plusieurs pays d’Asie et d’Océanie, dans le respect des libertés publiques. ReSPUBLICA porte ce sujet à la connaissance de ses lecteurs : il est temps que la politique se ressaisisse des données de la science et en discute rationnellement !

Ce texte en faveur de ZéroCovid, initié par un collectif fédérant plusieurs centaines d’universitaires et scientifiques, est ouvert à la signature : https://rogueesr.fr/zero-covid/

Le collectif à l’origine du texte ajoute la précision suivante sur son site : « Nous pensons que le débat public a besoin de la démarche d’argumentation rationnelle sur laquelle repose la pratique scientifique. Cette large appropriation des termes du débat savant nous incombe en partie en tant que scientifiques. C’est pourquoi nous joignons au texte de la tribune la note technique « Vertige des hauts plateaux » détaillant les diverses options stratégiques en présence et justifiant notre engagement en faveur de l’une d’elles, Zéro Covid. Vous pouvez également signer l’appel international #ZéroCovid, qui propose une version paneuropéenne de cette stratégie, à la fois très stricte et accompagnée d’un ensemble de mesures sociales concourant à ne laisser personne sur le bas-côté. »

ReSPUBLICA invite ses lecteurs et lectrices à se saisir de cette note technique à destination du grand public, afin de nourrir un débat stratégique argumenté : https://rogueesr.fr/20210217-2/

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Il y a un an, alors que l’épidémie de coronavirus était en expansion rapide, une note de l’OMS exposait les deux stratégies sanitaires envisageables : contenir l’épidémie ou l’éliminer. La première stratégie, dite de mitigation ou d’aplatissement de la courbe, a été celle adoptée par l’exécutif : elle vise à limiter le taux de reproduction épidémique pour maintenir les services de réanimation en dessous de la saturation. Cette stratégie, qui impose à la population des contraintes considérables pour une durée indéfinie, a conduit à un haut plateau épidémique faisant 400 morts et 20 000 contaminés par jour. L’absurdité de ce choix est évidente : puisque le contrôle s’effectue sur le taux de reproduction, l’épidémie pourrait aussi bien être contenue sur un plateau très bas sans demander d’effort supplémentaire.

Cette irrationalité française tient-elle au fait que les décisions stratégiques sont prises dans l’opacité, sans débat public scientifiquement éclairé ? De fait, les moyens d’action proposés par les chercheurs de différentes disciplines ont été réduits à un unique curseur réglant le niveau de privation de liberté par le confinement. L’autocontrôle par les autorisations de déplacement dérogatoire et l’inutile couvre-feu de 18 heures nous valent d’être la risée de nos voisins, qui titraient dès novembre sur « l’Absurdistan autoritaire ». « Et inefficace », faut-il ajouter aujourd’hui. Alors que de nouvelles souches ont fait leur apparition, plus contagieuses et plus résistantes à l’immunisation, il est temps que l’action publique s’appuie enfin sur le débat démocratique et sur des propositions rationnelles préalablement soumises au travail de controverse scientifique.

Succès

La seconde stratégie exposée il y a un an, qui vise à l’élimination du virus, a été appliquée avec succès dans plusieurs pays, qui ont retrouvé leur vie sociale et leur activité productive. S’il est vrai que l’insularité a aidé certains pays comme la Nouvelle-Zélande, une concertation entre pays frontaliers permettrait de pallier cette difficulté en Europe. Insistons : quand bien même la présentation de la stratégie d’élimination inclut souvent une phase transitoire de reconfinement, tout l’intérêt du Zéro Covid réside dans le fait que cette stratégie n’est pas directement tributaire d’un confinement. Au contraire même : elle repose sur le déploiement de multiples mesures complémentaires, concourant à en finir avec le coronavirus en quelques mois sans porter atteinte aux libertés publiques.

Nous savons, depuis juin 2020, que le coronavirus se transmet principalement par voie d’aérosol, y compris par des porteurs asymptomatiques, lorsqu’ils respirent ou parlent. Le port de masques FFP2 dans les lieux clos permet de diminuer d’un facteur 50 la quantité de particules virales inhalées. Il faut généraliser leur usage, et donc en fabriquer ou en commander, et éduquer à leur nettoyage et à leur recyclage. Les lieux de restauration collective sont des endroits de forte contamination : en équipant chaque table de deux hottes de ventilation équipées de filtre Hepa, l’une qui apporte à la table de l’air non contaminé, et l’autre, aspirante, qui piège les gouttelettes produites avant qu’elles puissent être inhalées, on réduit la quantité de particules virales d’un facteur 10. Il faut donc produire ou acheter ces purificateurs d’air et former des techniciens pour leur déploiement rapide. Pour quantifier le risque et adapter les procédures sanitaires aux caractéristiques d’un lieu fermé, il convient de déployer des capteurs de CO2 et de particules fines, peu onéreux. Ce ne sont là que trois exemples, parmi des dizaines de techniques dont l’Etat doit assurer la conception, la mise en production et la généralisation dans les transports, les bureaux, les lieux de culture, les écoles et les universités, pour quelques milliards d’euros, un coût faible au regard du désastre économique et social actuel.

Fiasco national

La vaccination a un rôle clé à jouer dans le dispositif d’élimination du virus. Mais elle est menacée par le fiasco national en matière de conception, de fabrication et de distribution des vaccins. Cet échec est imputable à la politique de recherche court-termiste menée depuis quinze ans contre la volonté de la communauté scientifique, mais aussi au fait que l’appareil d’Etat, dont les hauts fonctionnaires sont dépourvus de formation scientifique, a de facto remplacé toute politique de recherche industrielle publique par l’octroi, en pure perte, de milliards d’euros de crédit d’impôt aux entreprises privées. Or, sans un pôle industriel de santé publique à même d’accompagner l’effort scientifique, la lutte contre le Covid sera vouée à l’échec.

Sur la durée, éliminer le coronavirus exige le recrutement et la formation d’équipes d’arpentage épidémiologique regroupant 50 000 personnes par groupes de cinq, affectés à des quartiers ou à des communes au gré des résurgences. Le test des eaux usées permettra leur déploiement rapide selon les besoins. Ces équipes tenues au secret médical auront la tâche de retracer les contacts, de proposer des méthodes d’isolement, d’effectuer des tests et d’assurer la politique de prévention de terrain, qu’une application ou un « centre d’appels » ne permettent pas de mener. Trois semaines à plein temps et cinq en alternance sont nécessaires à leur formation. Un confinement éventuel, imputable à l’impéritie de l’exécutif, n’a pas vocation à excéder cette période d’équipement et de formation, à l’issue de laquelle le taux d’incidence aura fortement baissé. Le pays entrera dans une nouvelle temporalité, celle d’une veille reposant sur un maillage sanitaire étroit mais respectueux des libertés publiques. Il faudra alors tirer les leçons des échecs stratégiques et recréer les conditions permanentes d’un débat public scientifiquement informé. Les errements d’une année sonnent comme un avertissement : l’intégrité, la responsabilité et l’autonomie de la science conditionnent notre capacité de délibération, notre démocratie et nos libertés publiques.