Mort d’un jeune tué par un policier à Nanterre et embrasement des quartiers populaires AVEC MACRON LA RÉPUBLIQUE SE FRACTURE DE NOUVEAU !

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Le journal ReSPUBLICA a à de nombreuses reprises publié des analyses qui mettaient en exergue les risques des lois sécuritaires. Nous en donnons les liens en fin de cet article.

Après les « Gilets jaunes » et sa répression, après la casse de la retraite et sa répression, notre République se fracture encore une fois, la troisième en 5 ans : depuis cinq jours, des quartiers populaires explosent suite à la mort d’un jeune mineur tué à bout portant par un policier. La France va mal, malmenée qu’elle est par des gouvernements néo-libéraux médiocres aux politiques néfastes pour le peuple. Minoritaire dans le pays, le régime de l’extrême-centre macroniste ne tient, depuis novembre 2018 et le début du mouvement des Gilets jaunes, que par la force et la fidélité de ses polices et leur puissance de feu répressive. C’est justement dans cette conjoncture qu’un policier a tué un jeune pour « refus d’obtempérer ».

Les faits

Si les faits bruts sont connus, ce n’est pas grâce à l’institution policière gardienne de la loi, mais en raison d’une vidéo prise par une simple citoyenne. La réalité éclate par la caméra d’un smartphone. À voir la vidéo, il s’agit d’un véritable meurtre, comme nous invite à le penser l’une des enquêtes ouvertes par le parquet pour « homicide volontaire par une personne dépositaire de l’autorité publique ». Le « refus d’obtempérer » à un policier ne justifie pas de tuer le contrevenant et ce, d’autant plus, que la légitime défense n’entre visiblement pas en ligne de compte dans ce cas. Cet acte qui semble criminel laisse une mère seule, détruite par la mort de son fils unique. Une partie de la hiérarchie s’est déshonorée en mentant ouvertement jusqu’à ce que la scène filmée les place en flagrant délit de falsification ou d’interprétation biaisée des faits.

La justice devra, espérons-le, juger sereinement et de manière contradictoire le fonctionnaire responsable du meurtre, car il n’y a pas d’autre mot. Elle devra juger également son collègue pour complicité. Mais parlons clair, ces deux représentants de l’autorité publique sont bien sûr responsables de leurs actes comme tout citoyen en République. Toutefois, ils ne sont pas les seuls coupables de cette catastrophe aux implications nationales… et loin de là ! En effet, ce drame qui enflamme les quartiers populaires est la conséquence concrète d’une politique cynique et démagogique menée par l’exécutif et ses alliés depuis des années. Bien sûr, la situation actuelle plonge ses racines dans l’histoire autoritaire de la Ve République, mais la dernière période depuis 2017 accentue encore et encore la dérive violente du régime.

Une situation ingérable pour les policiers

Pour autant, il n’est pas dans notre propos de lancer des affirmations généralistes du type « la police tue ». En effet, ces pratiques qui font penser à certains films policiers états-uniens dans lesquels le héros policier tire sans raison ne sont le fait que d’une minorité parmi les fonctionnaires de police. Cette minorité, trop souvent couverte par la hiérarchie, entache l’ensemble des policiers et notamment ceux qui pratiquent leur mission dans le respect de la déontologie.

C’est en amont qu’il faut agir pour éviter ces embrasements de la part d’une jeunesse qui se sent discriminée par des politiques ultralibérales régressives socialement parlant.

Il n’est pas non plus dans notre propos de justifier les violences qui font suite à cet événement dramatique, même si la violence institutionnelle explique amplement le déclenchement de ces actes violents. Détruire des biens publics utiles à tous et toutes, comme des écoles ou des bibliothèques vecteurs d’émancipation, des commerces, des biens particuliers comme les véhicules, mettre en danger la vie de personnes ne peuvent constituer une solution, car elles pénalisent avant tout les membres des classes populaire et moyenne. De plus, elles peuvent être utilisées pour justifier une réaction sécuritaire comme un « état d’urgence » comme semblent l’exiger la droite et l’extrême droite. Une montée en puissance de lois sécuritaires peut momentanément cacher les causes profondes de la crise, mais certainement pas apaiser la société, bien au contraire. C’est en amont qu’il faut agir pour éviter ces embrasements de la part d’une jeunesse qui se sent discriminée par des politiques ultralibérales régressives socialement parlant.

Le métier de policier est sujet à une sorte de double injonction psychologique contradictoire. D’une part leur cœur de métier est de servir l’intérêt général défini qui devrait être l’expression de la volonté générale et d’autre part, le gouvernement leur demande d’organiser la répression au service de l’oligarchie financière commanditaire occulte du pouvoir. Dans ce dernier cas, la police est utilisée comme une milice au service d’intérêts particuliers comme on le voit lors des mouvements sociaux. C’est le contre-pied de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen à laquelle chacun se réfère ou fait semblant de s’y référer. Cette contradiction quasiment impossible à dépasser explique que la police est le secteur, après le monde paysan, qui enregistre le plus grand nombre de suicides. L’autorité publique jusqu’au plus haut niveau de l’État, avec le président Macron en passant par le ministre de l’Intérieur et certains préfets, porte une lourde responsabilité dans cette situation et dans l’approfondissement de la fracture entre une partie des forces de l’ordre et une partie de la société notamment celle en butte aux régressions sociales et aux discriminations diverses. Il suffit de voir des politiques en responsabilité, pourtant à l’origine des dysfonctionnements, affirmer, la main sur le cœur, qu’ils ne sont pas en cause.

Énumérons les cinq principaux responsables et coupables !

Les premiers responsables : Hollande et Valls

Faisant suite à de nombreuses lois toutes plus sécuritaires et liberticides les unes que les autres(1)La loi de 1995 sous l’impulsion de Charles Pasqua, la création en 1998 du fichier automatisé des empreintes génétiques (en 2018, il y a déjà 2,9 millions de profils génétiques), la loi du 15 novembre 2001 avec le ministre socialiste Vaillant et la loi sur la sécurité quotidienne LSQ destinée à renforcer les moyens de lutte contre le terrorisme, ce que tout le monde entend, mais aussi à contrer certaines « nuisances sociales et incivilités » ce qui est particulièrement vague et sujet à toutes les dérives, la création du fichier Cristina en 2008 en rapport avec l’intérêt de la nation sans contrôle de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés), la transformation en 2015, conformément à la loi relative à la liberté de la presse de 1881, du délit d’opinion en délit pénal, la loi du 21 juillet 2016 qui ouvre la possibilité de fouiller bagages et véhicules sans instruction du procureur qui fera que le quinquennat de Hollande sera marqué par une « criminalisation » du mouvement social accompagné d’une restriction des droits des représentants du personnel, la loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme faisant suite à l’état d’urgence, mais assortie d’une transposition partielle des lois d’urgence dans le droit commun malgré les atteintes manifestes aux libertés, la loi du 22 mars 2020 (année de la crise du coronavirus) instaurant « un état d’urgence sanitaire » qui contrevient aux droits fondamentaux comme la liberté de déplacements, de réunion et de travail., ils portent la lourde responsabilité de la loi de sécurité publique de février 2017, portant notamment sur l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre. La forte augmentation, depuis lors, du nombre de tirs policiers « sur des véhicules en mouvement » et du nombre de morts ne fait guère de doute, quoi qu’en dise Darmanin, l’ineffable menteur ministre de l’Intérieur. Des études montrent que depuis la loi sécurité de 2017, il y a une multiplication par cinq du nombre de tués par les forces de l’ordre. Le fondement de ces lois est l’affirmation péremptoire, depuis Alain Peyrefitte, que la « sécurité est la première des libertés ». Cette affirmation serait, à l’origine, contenue dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est une interprétation biaisée idéologiquement, car en fait les Constituants de 1789 voulaient établir le « droit inaliénable à la sûreté qui protège le citoyen de l’arbitraire de L’État, et l’immunise contre les arrestations ou les emprisonnements arbitraires ».

En déclinant cinq situations – dont le « refus d’obtempérer menaçant physiquement les policiers » – ouvrant droit à l’usage des armes, le texte Hollande-Valls, adopté sous la pression des syndicats de police, a rendu confus un texte clair qui conditionnait les tirs à l’« absolue nécessité » et à la condition d’une « stricte proportionnalité ».

Les deuxièmes responsables : les syndicats policiers tous devenus corporatistes

Autrefois refuge et bastion des policiers républicains dans l’institution, les syndicats policiers ont dégénéré depuis une douzaine d’années en officines corporatistes « à l’américaine ». La « défense du collègue » en toutes circonstances, qu’il s’agisse de violences illégitimes, de propos racistes ou de corruption avérée, est un principe aux antipodes des positions républicaines de la Fédération autonome des syndicats de police (FASP) qui fut longtemps hégémonique dans l’institution. La police n’est pas républicaine par essence, elle ne le devient parfois dans l’histoire que grâce au combat courageux de policiers républicains en son sein(2)Voir notre précédent article : https://www.gaucherepublicaine.org/chronique-devariste/pour-la-police-nationale-il-faut-aussi-partir-du-reel-pour-aller-vers-lideal/7416200..

Il est à noter que tous les syndicats de policiers ne se situent pas dans un positionnement à l’extrême-droite comme le montre le communiqué du syndicat FSU-SNUIPN qui déplore dans le même temps et le fait de tuer un jeune homme qui ne menaçait pas les policiers et le défaut de formation des agents ainsi que le manque de rappel de la notion de « légitime défense ».

Les troisièmes responsables : Emmanuel Macron et Édouard Philippe pendant la répression des Gilets jaunes

Fin 2018, le mouvement des Gilets jaunes, un mouvement populaire d’une ampleur exceptionnelle, a été maté dans le sang. Au point que le Préfet de police de Paris, Michel Delpuech, avait refusé d’assumer les « gueules cassées » par LBD ou Flash-Ball, et a préféré se démettre de ses fonctions pour ne pas participer à cette violence d’État. En 2019, l’exécutif Macron-Philippe-Castaner a conclu un véritable « pacte de sang » avec les forces répressives, dernier rempart du pouvoir face au soulèvement populaire, en les arrosant de primes financières. Miraculeusement, les sanctions des conseils de discipline s’évanouirent presque entièrement comme par enchantement, car les enquêtes de l’IGPN devinrent de plus en plus vides et cela quels que soient les actes répréhensibles commis. La minorité de policiers violents et racistes ne fut plus sanctionnée. Depuis ce moment, un foyer de gangrène pourrit sur pied l’institution policière, par le mauvais exemple des « ripoux ».

Les quatrièmes responsables : les médias haineux des milliardaires d’extrême-droite

Depuis la campagne électorale présidentielle de 2022, les médias aux mains de la ploutocratie française chauffent à blanc l’opinion publique et portent la parole de l’extrême-droite. Après la mise en scène de la candidature Zemmour, un rouleau compresseur raciste et xénophobe avance jour après jour, en particulier dans les chaînes d’information continue, et déverse sa haine pour fragmenter le peuple et casser les solidarités sociales. Tous les « faits divers » sont bons pour entretenir la flamme du ressentiment, à coup de « grand remplacement » et de « délinquants étrangers ». Les chaînes d’info en continu sont également très promptes à relayer la parole de l’institution policière, souvent au premier abord mensongère, quand il n’y a pas d’images pour la démentir !

Les cinquièmes responsables : le gouvernement Borne-Darmanin, adepte de la répression tous azimuts

Depuis janvier 2023 et le mouvement social contre la retraite à 64 ans, le régime et son gouvernement, sans base sociale véritable, largement minoritaire à l’Assemblée nationale et dans le pays, accentuent la répression de manière inouïe pour continuer sa gestion au jour le jour à coup d’article 49-3. Répression violente des manifestations syndicales ou écologistes, dissolution du mouvement des Soulèvements de la Terre démontrent que le niveau de violence de l’État s’accentue et motive indirectement les fonctionnaires de police ou de gendarmerie à « cogner dur ».

Dans cette situation délétère, l’émeute envahit l’espace des quartiers populaires. Profitant de l’aubaine, les caïds locaux pillent et incendient les écoles, les mairies, les bus, ou les commerces. Macron et son gouvernement se serviront bien évidemment de ce désastre, qu’ils ont eux-mêmes suscité, pour réprimer et réprimer encore.

Pour la République

Sous nos yeux, la République se fracture encore. Il faut absolument inverser la tendance pour ne pas tomber dans le piège du chaos. ReSPUBLICA reviendra sur cet enjeu de la sécurité publique après la coupure estivale. Mais nous appelons d’ores et déjà tous les militants de la République sociale à construire les solidarités militantes pour empêcher les factieux d’extrême-droite de tirer les marrons du feu de cette dégénérescence voulue et organisée cyniquement par Macron et son gouvernement. Sans réaction de notre part, le piège se refermera sur nous et l’union des droites et de l’extrême-droite imposera à terme sa chape de plomb.

Pour une police républicaine

Une telle police ne peut en aucun cas être au service d’une partie de la société contre une autre ni au service particulier de quelque gouvernement que ce soit.

Nous sommes attachés au principe d’une police républicaine qui a pour vocation de faire respecter la loi en tant qu’expression de la volonté commune à laquelle chaque citoyen et citoyenne a le droit et le devoir de participer soit personnellement soit par l’intermédiaire des représentants qu’il s’est choisis. Une telle police ne peut en aucun cas être au service d’une partie de la société contre une autre ni au service particulier de quelque gouvernement que ce soit. Elle se doit tout entière à la mission de faire respecter les lois décidées démocratiquement qui ne peuvent avoir pour objet que d’assurer la paix civile, les relations les plus équilibrées et harmonieuses entre tous les individus qui composent la société, la concorde.


Nos précédents articles au sujet de la police :

« Police : gardiens de la paix / sécurité publique », 22 février 2022.

Article central sur l’histoire de la police nationale, : « Pour la police nationale, il faut aussi “partir du réel pour aller vers l’idéal », 7 septembre 2020.

« Désespérance collective dans les métiers du régalien », 30 janvier 2022.

« République ou Far West ? », 7 novembre 2020.

« INTERVENTIONS DE LA POLICE DURANT LE CONFINEMENT : LES QUARTIERS POPULAIRES PLUS CONTRÔLÉS ET VERBALISÉS ET TOUJOURS DE LA RÉPRESSION POLITIQUE », 20 mai 2020.

« Police et racisme : aux Etats-Unis comme en France, en finir avec les politiques d’intimidation des mouvements populaires », 10 juin 2020.

« Pour une police qui soit aussi féministe ! », 9 juillet 2020.

« A propos de la police et du pouvoir », 6 juin 2021.

« Une création originale française : « la police spectacle », 26 septembre 2021.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 La loi de 1995 sous l’impulsion de Charles Pasqua, la création en 1998 du fichier automatisé des empreintes génétiques (en 2018, il y a déjà 2,9 millions de profils génétiques), la loi du 15 novembre 2001 avec le ministre socialiste Vaillant et la loi sur la sécurité quotidienne LSQ destinée à renforcer les moyens de lutte contre le terrorisme, ce que tout le monde entend, mais aussi à contrer certaines « nuisances sociales et incivilités » ce qui est particulièrement vague et sujet à toutes les dérives, la création du fichier Cristina en 2008 en rapport avec l’intérêt de la nation sans contrôle de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés), la transformation en 2015, conformément à la loi relative à la liberté de la presse de 1881, du délit d’opinion en délit pénal, la loi du 21 juillet 2016 qui ouvre la possibilité de fouiller bagages et véhicules sans instruction du procureur qui fera que le quinquennat de Hollande sera marqué par une « criminalisation » du mouvement social accompagné d’une restriction des droits des représentants du personnel, la loi du 30 octobre 2017 renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme faisant suite à l’état d’urgence, mais assortie d’une transposition partielle des lois d’urgence dans le droit commun malgré les atteintes manifestes aux libertés, la loi du 22 mars 2020 (année de la crise du coronavirus) instaurant « un état d’urgence sanitaire » qui contrevient aux droits fondamentaux comme la liberté de déplacements, de réunion et de travail.
2 Voir notre précédent article : https://www.gaucherepublicaine.org/chronique-devariste/pour-la-police-nationale-il-faut-aussi-partir-du-reel-pour-aller-vers-lideal/7416200.