Meurtre à Lyon : une fois de plus, la gauche n’est pas à la hauteur des enjeux

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Force est de constater que l’ambiance lyonnaise est problématique pour tous ceux attachés aux droits et libertés démocratiques. Les groupes d’extrême droite identitaires font régner une ambiance délétère depuis des années. Les pouvoirs publics, « l’élite des grands élus » habitués au « pas de vague » de « la mise de la poussière sous le tapis » ont une grande responsabilité dans cet état de fait. Cela pousse à l’autodéfense. Mais il y a plusieurs façons de concevoir l’autodéfense. Toutefois, la gauche a laissé faire croire qu’il suffit de s’appeler « antifas » pour avoir la vérité révélée.

Une faute politique de la gauche radicale

Pire, certains partis existants ont participé à cette confusion qu’il faut lever. Et là, il y a un mort tué par des personnes se réclamant de la gauche. Les vidéos et l’autopsie ont obligé le procureur de la République à requalifier l’évènement « d’homicide volontaire ». Quel que soit le contexte que nous venons de préciser ci-dessus, cet évènement doit au minimum aider à ce que la gauche se mette à la hauteur des enjeux. Nous attendrons de plus amples détails pour connaître plus de vérité sur ceux qui ont perpétré ce meurtre.

Partir du réel pour aller vers l’idéal

L’université doit demeurer un espace de liberté où les conférenciers doivent pouvoir s’exprimer sans être empêchés par des activistes de quelque bord politique que ce soit.

Il est clair que cet évènement va, à court terme, favoriser la logorrhée de l’extrême centre et de l’extrême droite. C’est presque un cadeau qui leur est fait. Déjà, certains, surtout à l’extrême centre, ont proposé la suppression des débats politiques à l’université. Rien que cela ! Même un député du Rassemblement national a jugé cela excessif ! L’université doit demeurer un espace de liberté où les conférenciers doivent pouvoir s’exprimer sans être empêchés par des activistes de quelque bord politique que ce soit. La pensée, les idées se combattent par la pensée et les idées, et non par la violence.

À gauche, la première réaction a été de deux ordres. Il y a ceux qui, privilégiant leur humanisme, déclarent pour solde de tout compte que rien ne peut justifier ce meurtre par acharnement. Les autres, « choisissant leur camp », regrettent le décès, mais se déclarent proches de tel ou tel parti de gauche, privilégiant comme seule analyse celle du contexte que nous avons rappelé en début d’article. Pour nous, il s’agit de mettre la gauche à la hauteur des enjeux.

Tentons une analyse que l’enquête doit encore confirmer

Et d’abord, analysons la scène du crime. Pour ce faire, nous avons besoin des résultats de l’enquête. Mais nous pouvons d’ores et déjà analyser les causalités. L’histoire nous montre que les « grandes âmes », l’extrême centre (de gauche et de droite) et l’extrême droite ont plus de mansuétude pour les crimes de l’ultradroite que pour ceux de l’ultragauche. Cela oblige la gauche à être plus exemplaire.

L’utilisation maladive du terme de fasciste ou de nazi ou de raciste dès que l’on déroge à une croyance est mortelle pour la gauche.

Nous disons d’emblée que nous ne pouvons pas cautionner les violences individuelles ni les violences terroristes dans une séquence où nous ne sommes ni dans le fascisme ni dans le nazisme. Nous sommes plus près d’un État bonapartiste que d’un État fasciste ou nazi. Nous n’avons ni de SA, ni de SS, ni de chemises noires. Il est très important de ne pas se tromper dans la caractérisation de la période. L’utilisation maladive du terme de fasciste ou de nazi ou de raciste dès que l’on déroge à une croyance est mortelle pour la gauche. Et ce bonapartisme dérive de la Ve république et de la création d’un monarque dit républicain depuis 1962 !

Et pourtant, on a eu le droit à la République de Weimar, qui a influencé les institutions de la Ve République. Nous réservons à nos conférences le soin de montrer les comparaisons des articles des deux constitutions. Et on sait où nous a emmené la République de Weimar grâce à la trahison de l’extrême centre(1)Des barons (voleurs) au cabinet – ReSPUBLICA..

En un mot comme en cent, les méthodes utilisées par la gauche ne doivent pas favoriser l’extrême centre et l’extrême droite. Oui, nous devons lutter contre tout bonapartisme. Mais nous ne devons pas nous tromper de caractérisation de la séquence politique. Oui, Orban et Trump sont d’extrême droite et doivent être combattus comme tels, mais leur régime n’est ni fasciste ni nazi dans l’état actuel des choses. Nous avons déjà depuis un an caractérisé la nouvelle géopolitique mondiale comme ayant tourné la page du Capitalisme néolibéral libre-échangiste (CNLE) pour entrer dans une nouvelle séquence, le National Capitalisme Autoritaire (NACA)(2)Lien : Le national-capitalisme autoritaire deviendra-t-il le modèle dominant dans le monde ? – ReSPUBLICA.. Et bien, nous sommes dans cette nouvelle caractérisation.

Le gauchisme, maladie infantile de la gauche de gauche

À chaque séquence doivent correspondre les méthodes employées. Elles doivent correspondre aux méthodes du mouvement ouvrier et des traditions humanistes de la gauche. Oui, il faut combattre l’extrême droite, mais pas n’importe comment.

Tout service d’ordre doit être sous contrôle d’une direction responsable et non pas indépendante.

D’abord, nous devons nous donner des droits d’autodéfense lorsque c’est nécessaire. Mais tout service d’ordre doit être sous contrôle d’une direction responsable et non pas indépendante. C’est pourquoi le discours du meeting d’Auxerre de La France Insoumise en réponse à la dissolution du groupe « La jeune garde » par le gouvernement est irresponsable. Même si nous pensons que Jean-Luc Mélenchon et la direction de la FI n’ont aucune responsabilité directe dans l’acte de meurtre de Lyon.

Nous prenons acte du fait que Jean-Luc Mélenchon a affirmé que les agresseurs de Quentin Deranque « se sont « déshonorés » par l’usage de la violence. Il n’empêche que dire au meeting d’Auxerre que « la Jeune garde », groupe politique dissous, « est liée aux Insoumis », que c’est cette organisation qui protège les Insoumis dans les manifestations, qu’il appelle les Insoumis de Lyon à manifester le 1er mai 2025 derrière la bannière de « La Jeune garde », qu’il conclut son discours par « Bravo, jeunes gens, continuez ! », qu’une députée de la FI vienne dans l’hémicycle parlementaire avec un tee-shirt de « La jeune garde », que Raphaël Arnaud, député de la FI, soit cofondateur de la « Jeune garde », que Jacques-Elie Favrot, son collaborateur parlementaire, soit dans les interpellés, mériteraient une clarification de la direction de la FI. Même si, à l’heure où nous écrivons, nous ne savons pas quel est le degré des liens entre ceux qui ont contribué à la mort du jeune identitaire Quentin Deranque et du groupe dissous de l’ultra gauche, le manque de transparence de la direction de la FI est manifeste.

De la part de LFI, déléguer son service d’ordre à une organisation douteuse est stratégiquement une faute politique

Pour la direction de LFI, et surtout pour Mélenchon, c’est pire que de l’irresponsabilité politique, c’est l’organisation méthodique de cette irresponsabilité ! En effet, avec la « Jeune Garde », comme d’ailleurs avec la conception « gazeuse » de l’organisation, LFI applique les règles classiques du « management » moderne : elle « externalise » certaines de ses activités, en particulier les plus dangereuses.

L’expérience a prouvé que le niveau de riposte devait toujours être contrôlé par l’organisation politique elle-même, et non laissé à l’appréciation d’un groupe autonome en roue libre.

Donc, le Service d’Ordre de l’organisation « gazeuse » est confié à une association-filiale, reliée à la maison-mère par des élus, des députés ayant la double appartenance. Or le mouvement ouvrier et populaire, qui est confronté depuis 150 ans aux violences de rue par la police ou par des groupes fascistes, a toujours pris garde de contrôler de très près l’activité des services d’ordre. L’expérience a prouvé que le niveau de riposte devait toujours être contrôlé par l’organisation politique elle-même, et non laissé à l’appréciation d’un groupe autonome en roue libre. C’est le B.A. BA de l’intervention politique militante depuis plus d’un siècle. En croyant s’en affranchir, Mélenchon, pire qu’une erreur, a commis une faute politique.

Quelle ligne stratégique pour la gauche de gauche ?

Allons plus loin, refusons les attaques de l’extrême droite et de l’extrême centre contre la FI ou contre Jean-Luc Mélenchon, ces attaques ne règlent aucun problème. Protéger les rassemblements est normal, empêcher l’intrusion d’éléments perturbateurs est légitime, mais pas la poursuite qui conduit au tabassage et à la mort.

Par contre, le changement de ligne stratégique opéré en 2019 par la direction de La France Insoumise pour prendre une ligne populiste de gauche mérite une critique. L’importation des thèses de Laclau et de Mouffe appliquées en Amérique latine dans des pays très différents des pays européens(3)Pays moins développés, forte économie informelle, armée populaire, classe ouvrière peu nombreuse, école peu développée, faible protection sociale des travailleurs, etc. est vouée à l’échec dans les pays développés.

La reprise de tout antagonisme social pour le porter en incandescence n’est pas le bon moyen pour aller vers une alternative au réel existant, car les contradictions des différents antagonismes peuvent devenir contradictoires entre elles. D’autant que cela favorise des tournants identitaires électoralistes qui dénaturent le grand slogan populaire du primat de la question sociale de la fin des années 60 et 70 qui unifiait la classe populaire sur la base de « Français, immigrés, même patron, même combat ». C’est pourquoi la vague populiste de gauche est aujourd’hui sur le reculoir, comme l’a été le premier d’entre eux en Europe, Podemos en Espagne.

Ni gauche radicale ni gauche modérée ni gauche de la gauche, mais gauche tout court

Nous voulons une gauche de gauche qui combat pour obtenir des conquis sociaux, laïques et écologiques, de nouveaux droits, des libertés démocratiques.

Nous ne sommes pas pour une gauche radicale, ni d’ailleurs pour une gauche modérée, ni pour une gauche de la gauche. Nous sommes pour la gauche tout simplement et, si vous voulez la qualifier, nous vous proposons de nous rassembler autour d’une gauche de gauche. Pas avec ceux qui veulent recomposer la politique avec une pseudo-aile gauche du macronisme. Nous voulons une gauche de gauche qui combat pour obtenir des conquis sociaux, laïques et écologiques, de nouveaux droits, des libertés démocratiques. Sinon, nous alimenterons de nouvelles déceptions.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Des barons (voleurs) au cabinet – ReSPUBLICA.
2 Lien : Le national-capitalisme autoritaire deviendra-t-il le modèle dominant dans le monde ? – ReSPUBLICA.
3 Pays moins développés, forte économie informelle, armée populaire, classe ouvrière peu nombreuse, école peu développée, faible protection sociale des travailleurs, etc.