Dimanche 22 mars au soir, toutes les chapelles politiques, de la gauche à l’extrême droite, déclarent avoir gagné. Sauf François Ruffin, qui lance son « déconne pas la gauche »(1)Les enseignements des élections municipales 2026 pour la politique de demain – ReSPUBLICA. ! Il ne croyait pas si bien dire : quelques jours après, au bureau national du Parti Socialiste, le courant « Boris Vallaud » rompt l’alliance majoritaire qu’il a constituée avec le premier secrétaire Olivier Faure et met ce dernier en minorité. Officiellement pour contester l’ambiguïté de la position de ce dernier sur les alliances PS-LFI, mais principalement pour contester l’accord du PS à la primaire du 11 octobre 2026.
Le PS et la primaire du 11 octobre
Le vaudeville stratégique du PS est relancé entre son aile droite, qui vise à la recomposition politique avec l’hypothétique « aile gauche du macronisme » et son aile gauche, qui vise à maintenir le PS au sein d’une alliance des gauches. C’est donc parti jusqu’aux prochaines vacances d’été ! Que va faire le Conseil national du PS ? Probablement, Olivier Faure devrait être en meilleure position, car, dans ce conseil national, en plus du collège proportionnel aux votes du dernier congrès, il y a le collège des premiers secrétaires fédéraux. Mais il est probable que le problème sera tranché par le vote des adhérents.
En attendant, trois mois de perdu ! Sans le PS, la primaire avec Les écologistes (et sa candidate Tondelier), L’Après (et sa candidate Autun) et Debout ! (et son candidat Ruffin) n’a plus guère de sens. Car, déjà, LFI (et son candidat Mélenchon), le PCF (pour l’instant sans candidat déclaré) et Place publique (et son candidat Glucksmann) ont déclaré qu’ils ne participeraient pas à la primaire pour éviter la foire d’empoigne. Bien sûr, il y a un appel prônant la nécessaire union de la gauche, lancé, entre autres, par l’économiste Piketty.
La machine à perdre est repartie
Au lieu de cela, la machine à perdre est repartie. Le meilleur candidat actuel de gauche au premier tour (Mélenchon) est sans doute le moins bon au second tour. Le meilleur candidat au deuxième tour (François Ruffin) a, dans l’état actuel des choses, peu de chance au premier tour. Les autres candidats semblent avoir peu de chances dans chacun des deux tours et un candidat, Glucksmann, rêve uniquement d’être le candidat de l’union d’une partie de la gauche et de l’extrême centre macroniste.
Et pendant ce temps-là, les chamailleries au sein de la gauche pleuvent. Les blogs des candidats et les réseaux sociaux en portent témoignage. La « guerre des récits contradictoires » est lancée avec beaucoup de violence verbale entre les directions des partis de gauche.
L’hommage national pour Lionel Jospin
Arrive alors le décès de Lionel Jospin. Dans son Traité sur la tolérance, François-Marie Arouet, alias Voltaire, nous transmettait une maxime qui est pour nous une ligne de conduite : « Nous devons des égards aux vivants, aux morts nous ne devons que la vérité ». Voilà pourquoi nous ne pouvons pas laisser passer le discours dithyrambique d’Emmanuel Macron et de tous ceux qui étaient socialistes à l’époque de Jospin (Mélenchon compris), de même que nous ne pouvons pas laisser passer l’hommage national du président de la République.
Pour nous, Lionel Jospin est coresponsable du tournant néolibéral des années 1982-83, ainsi que de la catastrophe du traité de Maastricht en 1992.
Car, pour nous, Lionel Jospin est coresponsable du tournant néolibéral des années 1982-83, ainsi que de la catastrophe du traité de Maastricht en 1992. À nos yeux, le gouvernement Jospin, à côté de quelques avancées sociétales que nous reconnaissons, fut un désastre pour la question sociale. La bonne mesure des 35 heures fut gâchée dans la fonction publique, et principalement à l’hôpital, par le refus de la création de postes dans un secteur hospitalier qui était déjà « à l’os ». Il fut le gouvernement qui a le plus privatisé de toute l’histoire de France. C’est le gouvernement Jospin dit « de gauche plurielle » qui a signé la libéralisation de l’énergie (traité d’Amsterdam), qui a démarré le démantèlement d’EDF et du Gaz de France(2)Démantèlement poursuivi en 2008 avec Sarkozy par la fusion GDF Suez, puis par la création d’Engie..
C’est le gouvernement Jospin qui a mis au pouvoir à l’Éducation nationale et à la Recherche le « dégraisseur du mammouth » et le climatosceptique Claude Allègre, ainsi que son lieutenant, Philippe Meirieu, nommé directeur de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) et président du comité de pilotage de la consultation sur la réforme du lycée, dont la coresponsabilité dans le recul de l’école républicaine(3)Quelle République pour quelle école ? Partie 1 – ReSPUBLICA, Quelle République pour quelle école ? Partie 2 – ReSPUBLICA. nous paraît manifeste : il a ainsi joué un rôle non négligeable dans la massification non démocratique, dans la dégradation de la transmission des savoirs pour tous et toutes, dans la « mise de l’élève au centre du système » au lieu de mettre « la transmission des savoirs au centre du système », etc.
C’est encore le gouvernement Jospin qui a transformé le code de la mutualité en code assurantiel en 2001 qui a ouvert la voie au développement d’une concurrence privée contre la Sécurité sociale, qui a organisé le passage aux 35 heures dans l’hôpital sans embauches suffisantes (décret du 4 janvier 2002), etc. Au regard de ce passif important, ces dithyrambes ne peuvent s’expliquer que par la volonté de Macron de tenter de capter son aura dans les milieux socialistes aux fins d’aider à une alliance entre le parti socialiste et le parti présidentiel. Triste fin pour ce néo-trotskiste, entriste lambertiste dans le PS devenu plus tard l’un des coresponsables avec beaucoup d’autres du passage au capitalisme néolibéral du PS qu’il avait infiltré pour faire la révolution !
Les conditions pour que les gauches gagnent
Pour que l’union des gauches puisse gagner à la présidentielle, plusieurs conditions doivent être réunies ; l’union est nécessaire, mais loin d’être suffisante, tout simplement parce que l’ensemble des gauches aujourd’hui ne pèse que 30 % des votants.
Rappelons que, pour que l’union des gauches puisse gagner à la présidentielle, plusieurs conditions doivent être réunies ; l’union est nécessaire (condition n° 1), mais loin d’être suffisante, tout simplement parce que l’ensemble des gauches aujourd’hui ne pèse que 30 % des votants et que l’ensemble des gauches ne peut gagner pour transformer la société que si et seulement si elle fait contre l’extrême centre et l’extrême droite plus de 50 % des votants (condition n° 2). Et, pour cela, il faut que la grande majorité de la classe populaire ouvrière et employée (qui pèse aujourd’hui 43 % des citoyens) vote à gauche, alors que le premier vote de cette classe est actuellement l’abstention, puis le RN et, seulement en troisième position, les gauches.
Seuls un peu plus de 20 % des inscrits de cette classe ont voté à gauche en 2024, mais la gauche semblait satisfaite de sortir première des législatives avec 193 députés, soit un manque de près de 100 députés pour avoir la seule majorité qui vaille pour transformer la société, à savoir la majorité absolue ! Et, pour cela, il faut un changement de ligne stratégique (condition n° 3) et donc une refondation des gauches(4)Pour une gauche de gauche – ReSPUBLICA. !
Loïc Prudhomme, député LFI depuis 2017, vient de démissionner du parti pour « désaccord stratégique ». Argument supplémentaire de la nécessité de remettre en cause les discours stratégiques des différentes directions des gauches actuelles. Ce changement nécessaire de ligne stratégique implique une globalisation des combats, mais avec le primat de la question social : il faut donc oser affronter clairement la lutte des classes que le grand patronat et ses alliés, les gérants du capitalisme néolibéral, mènent contre les travailleurs.
Il s’agit néanmoins de reconnaître qu’il faudra alors mener à gauche un discours contre-hégémonique par rapport au discours dominant des directions actuelles des partis politiques(5)De la lutte des classes à la lutte des races | Le blog de Descartes.. Cette condition globale est nécessaire pour vaincre la résignation des catégories populaires due au manque de solidarité, voire au mépris social des autres catégories sociales, comme l’a bien montré Vivek Chibber(6)La matrice des classes sociales – ReSPUBLICA..
Recréer une solidarité sociale partout dans la société est la condition n° 4. Sur les bases de ces quatre conditions primordiales peut se construire un projet, à condition qu’il y ait un débat général argumenté dans le peuple, notre double besogne. Nous avons d’ailleurs déjà soumis au débat général une proposition(7)Douze travaux d’Hercule d’une gauche de gauche à approfondir – ReSPUBLICA.. Des échanges en visioconférence sont prévus régulièrement sur tous ces sujets. Ceux qui sont intéressés peuvent s’y inscrire via le lien suivant : evariste@gaucherepublicaine.org.
Notes de bas de page
| ↑1 | Les enseignements des élections municipales 2026 pour la politique de demain – ReSPUBLICA. |
|---|---|
| ↑2 | Démantèlement poursuivi en 2008 avec Sarkozy par la fusion GDF Suez, puis par la création d’Engie. |
| ↑3 | Quelle République pour quelle école ? Partie 1 – ReSPUBLICA, Quelle République pour quelle école ? Partie 2 – ReSPUBLICA. |
| ↑4 | Pour une gauche de gauche – ReSPUBLICA. |
| ↑5 | De la lutte des classes à la lutte des races | Le blog de Descartes. |
| ↑6 | La matrice des classes sociales – ReSPUBLICA. |
| ↑7 | Douze travaux d’Hercule d’une gauche de gauche à approfondir – ReSPUBLICA. |
