Venezuela : acte de guerre et séisme
Prenons l’exemple du Venezuela et de l’enlèvement de son président en exercice, Nicolas Maduro, au mépris de tout droit international, par un commando envoyé par Trump, le Parrain de Mar-A-Lago, qui souhaitait le juger selon la loi étatsunienne. Cette agression contre la souveraineté nationale d’un pays succédait à de multiples assassinats dans les eaux territoriales vénézuéliennes de personnes accusées, sans preuve ni jugement, de narcotrafic (assassinats qui se perpétuent encore aujourd’hui). À quoi bon s’en priver, puisque la communauté internationale n’a pas réagi : qui va prendre la défense de présumés trafiquants, ou d’un Maduro suspecté d’avoir violé, lui, la loi électorale de son pays ? Viol pour viol, dent pour dent.
Là-dessus, fin juin, le Venezuela souffre d’un terrible séisme qui met en lumière l’absence de moyens du pays – et donc l’efficacité d’un blocus organisé par les États-Unis depuis que Maduro a succédé à Chavez. Les Vénézuéliens payent très cher le prix de la violence exercée par les États-Unis et leur ingérence permanente. Certes, depuis 2014, ce sont les opposants au chavisme, Leopoldo Lopez (qui s’est enfui en Espagne), Juan Guaido (qui s’est enfui aux États-Unis) et Maria Corina Machado, grande prix Nobel de la guerre, qui n’ont eu de cesse de demander sans relâche des sanctions contre leur pays et une intervention des militaires étatsuniens, tandis que, parallèlement, le régime bolivarien se durcissait et multipliait les emprisonnements politiques.
Aujourd’hui, les suppliques de la prix Nobel de la guerre ont été entendues, les envoyés du Parrain sont là qui se remplissent les poches. Le Venezuela sous protectorat renoue avec Israël après des années de « maudit soit Israël » ! Chavez doit se retourner dans son tombeau !
Cuba : blocus assassin
Un autre pays paye cher le retour au pouvoir du Parrain de Mar-A-Lago, véritable chef d’orchestre de la violence sur le sous-continent. Après 60 ans de blocus, auquel les oppositions aux Nations-Unies n’ont rien pu faire, il faut désormais anéantir Cuba. La haine viscérale du « communisme » affichée par Trump, jointe à celle de son secrétaire d’État Marco Rubio (biberonné aux anecdotes de son grand-père, réfugié cubain aux États-Unis), ne rencontre qu’indolence à l’international. Et, à l’exception notable du Brésil, du Mexique, de la Russie et de la Chine, personne ne songe à contredire ces deux fous furieux qui ont le doigt sur la gâchette pour pulvériser les derniers Rouges de la région.
Toutes les inepties sont de mise, jusqu’à l’inculpation aux États-Unis de Raúl Castro, désigné responsable de la mort de quatre ressortissants étatsuniens lors de la destruction de deux avions suspectés d’espionnage en eaux territoriales cubaines. Cela voudrait-il dire que Trump et Rubio devraient être poursuivis pour les assassinats perpétrés dernièrement dans les eaux territoriales vénézuéliennes ?
Pourtant, le blocus porte ses fruits, puisque Cuba, à court de carburant et de denrées alimentaires, agonise. Le blocus est devenu une méthode politique que l’on applique aujourd’hui sans que plus personne ne s’en émeuve. Avec en prime une belle dose de mauvaise foi : aller prétendre, comme le font Rubio et Trump, que Cuba a infiltré le Département d’État et le ministère de la Défense des États-Unis, ce n’est plus le café du commerce, c’est l’IA au service de l’idiotie.
Dans la volonté d’éradiquer ce dernier symbole de la gauche, il y a clairement celle d’en finir avec la solidarité, qu’elle soit syndicale ou associative ; d’en finir aussi avec une idée du bien commun. Et, contre cela, le Parrain applique des méthodes clairement mafieuses : intimidations, rackets, menaces des pays ou des sociétés qui feraient encore commerce avec l’ile : on se croirait à Chicago du temps de Capone.
Pérou : élection volée
Qui a gagné les dernières élections présidentielles ? Keiko Fujimori (déclarée gagnante) ou Roberto Sanchez ?
Si l’on s’en tient aux seuls votes exprimés au Pérou, Sanchez a 40 000 voix d’avance. Mais si l’on ajoute les votes des Péruviens de l’étranger, Fujimori l’emporte avec 49 000 voix d’avance. Problème : un changement de règles entre les deux tours relatif à la transmission des voix de l’étranger. Sanchez a déposé un recours pour dénoncer ce viol des règles, il attend encore la réponse… Entre-temps, il a été menacé d’un passage par la case prison pour de supposées irrégularités de financement de sa campagne.
Fujimori, qui dirige le pays en sous-main depuis que le précédent président Castillo est en prison, n’allait tout de même pas se laisser coiffer sur la ligne d’arrivée une quatrième fois ! D’autant qu’elle bénéficie, comme son père, de l’appui de l’armée, qu’elle a aussitôt chargée de mettre en œuvre la coopération promise au Parrain de Mar-A-Lago : le fameux « Bouclier des Amériques », dont le but (affiché) est de s’attaquer au crime organisé. Un peu comme le plan Colombia de 1998, dont les millions de dollars ont surtout servi à mener la guerre contre les FARC.
La « fille de son père » rassure le Parrain en reprenant les armes contre les « communistes »… et les Chinois.
Mexique : violence interne sous la pression du Parrain
Le Parrain exige, le Parrain sanctionne, le Parrain met le « couteau sous la gorge » ou « le pistolet sur la tempe », suivant les cas : Trump ne respecte rien, même pas les accords signés par son pays avec le Canada et le Mexique (ACEUM). Il distribue les droits de douane comme des mafieux rançonnent des restaurateurs, des tenanciers de boîtes de nuit ou des hommes politiques. Non content d’encaisser, il exige que les narcotrafiquants (qui n’existent, comme chacun sait, qu’en dehors des États-Unis) soient pourchassés, arrêtés et extradés dans les geôles étatsuniennes.
Face à de telles déviances, Claudia Sheinbaum, femme politique admirable d’une intelligence remarquable et d’un pragmatisme à toute épreuve, a réussi jusqu’ici à manœuvrer au mieux en affrontant les cartels. Cependant, cette attaque en règle a un coût élevé. Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2024, quatorze maires ont été assassinés, de même que nombre de journalistes (six depuis le début de cette année 2026). Sans compter, bien évidemment, les menaces, intimidations et agressions.
À ce niveau de violence, on n’en est plus aux petits « coups de pied dans la fourmilière » chers à Darmanin. Pour faire face à ce monstre qu’est le narcotrafic au Mexique depuis des décennies, Sheinbaum aurait plus besoin de coopération avec son voisin du Nord que de ses menaces.
Bolivie : paralysie du pays
La Bolivie d’Evo Morales avait donné la parole à tous ceux qui, pendant des décennies, en avaient été privés. Le président de 2006 à 2019 savait la ténacité et le poids des syndicats qui avaient mené la « Révolte de l’eau » (à Cochabamba en 1999) ou la « Révolte du gaz » (à El Alto en 2003). Et il a su faire en sorte que paysans, ouvriers et mineurs, qui agissaient jusque-là séparément, se regroupent autour du MAS. Les travailleurs boliviens ont compris qu’ils avaient des droits et qu’ils ne les lâcheraient plus.
Lors de l’élection, en octobre 2025, de Rodrigo Paz, en partie grâce aux électeurs du MAS, qui n’était pas présent au second tour de l’élection, puisque divisé et affaibli, le parti opte pour une stratégie peu compréhensible(1)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-monde/respublica-amerique/elections-presidentielles-en-bolivie-et-au-chili-la-gauche-perd-encore-du-terrain/7439323.. Fort de sa victoire à la présidence, Paz file sous la bannière de Mar-A-Lago : liberté, surtout économique ! Il supprime les subventions sur les hydrocarbures, ce qui multiplie le prix des carburants, et se met très rapidement à dos tout le secteur des transports. La rue s’enflamme et une première crise éclate au sommet de l’État avec la démission du vice-président élu, qui prend ses distances et se proclame opposant.
Paz s’attaque aux droits sociaux. Il tente une réforme agraire à la défaveur des paysans les plus humbles, mais doit reculer sous la pression de la rue. La riposte est lancée : ouvriers, mineurs, paysans, mais aussi professeurs et responsables communaux entrent en résistance et bloquent le pays pendant 50 jours.
Paz parvient à diviser les grévistes, à criminaliser le mouvement et emprisonne les syndicalistes en attendant le moment opportun pour arrêter Morales et l’accuser de terrorisme.
Le FMI revient avec ses exigences tandis que le pays s’ouvre de plus en plus aux États-Unis, mais les 22 morts des derniers événements ne sont pas oubliés.
Colombie : gouverner un fusil dans une main et Dieu dans l’autre
Athée, mais converti au catholicisme par amour (« El Tigre » n’est pas à une contradiction près), Abelardo de la Espriella l’a clairement dit : « Je gouvernerai avec Dieu dans une main et le fusil dans l’autre ». Le jour même de sa prise de fonction, le fusil tuait quatre guérilleros des Farc et deux narcotrafiquants. Mais était-ce la main de Dieu si, le lendemain, un séisme de magnitude 7,4 entraînait la mort de plusieurs centaines de Colombiens ?
Abelardo se veut tigre, mais il a tout du roquet. Il n’a jamais fait de politique. Ses seuls faits d’armes se résument à la défense de narcotrafiquants dont il a été l’avocat. Il édicte des vérités et éructe des insultes, essentiellement contre tout ce qui peut avoir un rapport avec la gauche, partis politiques, syndicats ou associations… Il est anti-tout : anti-avortement, anti-immigrés, anti-système. C’est un influenceur d’extrême droite pure et dure.
Fidèle disciple de Donald Trump et de Benjamin Netanyhaou (à qui il a promis une visite prochaine et le déplacement de son ambassade à Jérusalem), il rêve d’extrader aux États-Unis le précédent président Petro, ce guérillero qui a eu le toupet de ne pas reconnaître son élection (Petro dénonce une fraude électronique sur les votes venus de l’étranger, comme au Pérou).
Dans ce contexte de rejet et de haine, la gauche, qui ne s’est inclinée qu’à une poignée de voix (0,9 %), fait preuve de responsabilité et d’union… Elle sait que la voie des accords de paix, déjà bien engagée, était la bonne. Mais Abelardo a mis son pays en joue avec la bénédiction d’une droite uribiste dure et encore puissante : le retour en arrière s’amorce avec une violence accrue.
Notes de bas de page
