Violation du droit international
À rebours de l’affirmation fallacieuse de la Maison-Blanche, ce n’est pas une « opération de police », puisque l’exfiltration du président Maduro s’est déroulée sur le sol vénézuélien, État souverain. C’est bien un acte de guerre et Nicolas Maduro, ainsi que son épouse, Cilia Flores, sont des prisonniers de guerre. Même si plusieurs pays, dont le Brésil, n’ont pas reconnu la victoire de Maduro lors de l’élection présidentielle de juillet 2024, cela ne justifie pas un tel acte.
Comme le précise Antonio Guterres par l’intermédiaire de son adjointe, les relations internationales doivent reposer sur l’« indépendance politique » des États.
C’est une habitude des États-Unis d’appliquer l’extraterritorialité de sa justice, notamment dans le domaine du commerce : cela lui permet de sanctionner financièrement les entreprises étrangères, en particulier françaises(1)L’extraterritorialité du droit américain est le nom donné à l’ensemble des dispositions du droit américain qui peut être appliqué en dehors des frontières des États-Unis à des personnes physiques ou à des personnes morales de pays tiers. Ces dispositions couvrent des domaines aussi divers que le contrôle des exportations aux pays subissant des embargos ou la lutte contre la corruption. https://fr.wikipedia.org/wiki/Extraterritorialit%C3%A9_du_droit_am%C3%A9ricain..
Très explicite est l’analyse de Jena Michel Quatrepoint :
Voilà des années, voire des décennies que les États-Unis développent une stratégie globale d’hyperpuissance en s’appuyant sur un arsenal juridique et en imposant leurs lois, leurs normes, au reste du monde. Il aura fallu l’amende colossale infligée à BNP Paribas (8,9 milliards de dollars) et celle qui, infligée à Alstom (772 millions de dollars), fut la véritable cause, quoi qu’en dise le PDG d’Alstom, de la vente de la division « énergie » à General Electric.
https://fondation-res-publica.org/wp-content/uploads/2023/03/Lextraterritorialite-du-droit-americain.pdf.
Dans un précédent article, ReSPUBLICA mettait en lumière la stratégie impérialiste des USA(2)Bernard Teper : https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/respublica-debats-politiques/strategie-de-securite-nationale-des-etats-unis/7439444..
L’enjeu de la souveraineté des États et de la justice sociale
L’ONU précise que la justice sociale est le corollaire d’une coexistence pacifique et prospère au sein des nations et entre les nations. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’acte de guerre des États-Unis contre le Vénézuéla vont à l’encontre de cet objectif. Ces opérations belliqueuses, si la communauté internationale ne s’y oppose pas fermement, nous conduisent vers un monde de conflits et d’insécurité en matière d’accès aux ressources, de garantie du respect des droits universels et des droits humains. Seules des relations internationales justes et équitables fondées sur la justice sociale peuvent éteindre les conflits actuels et prévenir ceux à venir.
Il est fort à craindre que, dans ce jeu mortifère de dominos géopolitiques, les prochains théâtres d’actions guerrières étatsuniennes soient Cuba, le Groenland (territoire autonome intégré au Danemark), puis chinois avec Taïwan… Le coup de force, peut-être coup d’État, au Vénézuéla, peut légitimer l’agression de la Russie en Ukraine.
Nul doute que seuls les intérêts des États-Unis entrent en ligne de compte : mettre la main sur les énormes ressources pétrolières du Venezuela, sur les minerais du Groenland et de l’Ukraine.
D’autres formes d’atteintes à la souveraineté des nations
Outre l’extraterritorialité du droit étatsunien, il est d’autres atteintes qui se jouent dans le domaine numérique. Les « sept magnifiques » (Apple, Microsoft, Nvidia, Alphabet, Amazon, Meta, Tesla) se sucrent sur l’économie européenne pour 260 milliards par an. Pour pérenniser son hégémonie, l’administration étatsunienne n’hésite pas à déclarer indésirables des personnes comme Thierry Breton pour avoir promu des réglementations sur le numérique. Avec lui, quatre autres personnalités européennes, représentants d’ONG, impliquées dans la lutte contre la désinformation et la haine en ligne au Royaume-Uni et en Allemagne, sont interdites de séjour aux États-Unis. Il en est de même pour d’autres personnalités qui osent contredire le récit de Donald Trump ou qui classent l’AfD à l’extrême droite ou encore condamnent les pays « illibéraux ».
Dans l’histoire contemporaine, déjà le tropisme impérialiste étatsunien
À la Libération, les États-Unis avaient déjà dans les cartons un projet de placer la France sous occupation militaire ou AMGOT(3)Source : https://www.ultimatedroit.fr/usa-occupation-france-2864/., ainsi qu’une monnaie spécifique d’occupation. Seule l’opposition du général de Gaulle et des mouvements de Résistance unis au sein du Conseil national de la Résistance ont pu éviter cette humiliation de notre nation.
Comme l’affirmait le général de Gaulle, propos violemment confirmés par l’administration Trump : « Les États-Unis n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Les bisounours européens et atlantistes feraient bien de se souvenir de cette pensée gaullienne.
Notes de bas de page
| ↑1 | L’extraterritorialité du droit américain est le nom donné à l’ensemble des dispositions du droit américain qui peut être appliqué en dehors des frontières des États-Unis à des personnes physiques ou à des personnes morales de pays tiers. Ces dispositions couvrent des domaines aussi divers que le contrôle des exportations aux pays subissant des embargos ou la lutte contre la corruption. https://fr.wikipedia.org/wiki/Extraterritorialit%C3%A9_du_droit_am%C3%A9ricain. |
|---|---|
| ↑2 | Bernard Teper : https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/respublica-debats-politiques/strategie-de-securite-nationale-des-etats-unis/7439444. |
| ↑3 | Source : https://www.ultimatedroit.fr/usa-occupation-france-2864/. |
