Années 30, le retour ?

Le courrier reçu de C. Jenger et publié dans le dernier numéro de Respublica s’interroge sur un retour des années 30. Le parallèle est a priori politiquement pertinent, tant certaines prises de position dans le débat sur le « mariage pour tous » peuvent en effet faire penser à celles des ligues fascistes d’alors, même si leur violence, physique ou verbale, en est encore très loin. D’autres rares références à ces années sont plutôt centrées sur l’aspect économique.

Sous cet angle, le parallèle est combattu par ceux qui veulent voir dans la crise actuelle un phénomène ponctuel et non une constante du capitalisme, le refus de l’histoire permettant aux économistes de marché de nier la réalité : comme l’après-1929, l’après-2007 n’est pas une crise conjoncturelle parmi d’autres, une crise due aux excès d’une finance mal maîtrisée ou aux erreurs stratégiques néo-libérales, mais la fin de la gestion par une fuite dans la financiarisation, de la crise du profit apparue dans les années 70 (voir l’ouvrage Néo-libéralisme et crise de la dette). (suite…)

De pire en pire

Commençons par une bonne nouvelle : le mariage pour tous est passé ! Mais nous avons vu ce dont était capable la réaction : la connivence droite-extrême droite, la complaisance avec la violence des milices d’extrême droite, notamment religieuses. Ne nous y trompons pas : l’opposition au mariage pour tous est une première étape du rassemblement réactionnaire dans un pays où la gauche est minoritaire. Nous rappelons notre analyse du premier tour de la présidentielle de 2012 qui montre la gauche largement minoritaire et comment la victoire de François Hollande n’a été possible que parce la gauche s’est rassemblée et que les droites sont restés divisées. (suite…)

Alors que les pays arabes et/ou islamistes sont dans la tourmente, les  »idiots utiles » du communautarisme persistent

Touchés par un exode rural important, ces pays ont développé des villes de façon anarchique avec leur lot d’espoir, de désillusions, de précarité sous toutes les formes, de délinquance, de chômage. L’indigence des services publics rajoute au mécontentement. D’autant que la plupart des pays étaient dirigés par des dictatures rentières et sécuritaires. Ces dictatures vivaient et administraient par la rente foncière, commerciale ou liée à la vente des matières premières fossiles. Mais ce que les « nouveaux chiens de garde » ont oublié de dire, c’est que pour vivre grassement de la rente, il faut éviter d’investir dans la sphère de constitution des libertés (école, services publics, santé et protection sociale) qui seule peut permettre de passer de droits formels aux droits réels ! Les prédateurs de la rente au pouvoir ont préféré sous-traiter aux islamistes (principalement des Frères musulmans) tout ou partie de la sphère qui aurait pu être constitutive des libertés. De ce fait, ils ont donné aux islamistes une implantation nationale y compris en banlieues, en zones périurbaines et rurales. Les démocrates, eux, n’existaient que dans les villes et ne recrutaient que dans la petite et moyenne bourgeoisie urbaine.
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Appel à nos lecteurs

Ami(e)s qui lisez Respublica,

Voici treize ans déjà que ce journal alimente les réflexions et les débats de la gauche républicaine, laïque et sociale de façon objectivement indépendante des forces partisanes et a fortiori financières. Voilà pourquoi sans doute son audience n’a cessé de s’élargir auprès des militants.
Si nous avions salué la création du Parti de Gauche et nous sommes montrés favorables à la stratégie du Front de Gauche contre le sarko-césarisme, si nos tâches sont renouvelées par l’existence d’un gouvernement socialiste, notre objectif principal reste d’éclairer les crises de fin de cycle du capitalisme et de jeter quelques lueurs sur les changements de modèles économiques, politiques, écologiques, sociétaux… qui s’annoncent. (suite…)

Le triptyque de la protection sociale des néolibéraux de droite et de gauche : austérité, étatisation et privatisation

 L’ensemble de la protection sociale pèse plus de 30 % du PIB soit plus de 600 milliards d’euros. C’est de loin le premier budget humain, qui pèse près de deux fois plus que le budget de l’État tous ministères confondus. C’est la préoccupation majeure des citoyens et de leurs familles si on globalise l’ensemble de la protection sociale (retraites, santé et assurance-maladie, politique familiale, accidents du travail et maladies professionnelles, perte d’autonomie, assurance-chômage et les politiques d’assistance). Et pourtant, cela ne semble pas la priorité des partis politiques de gauche, y compris de la gauche de gauche. (suite…)

Après l’arrêt de la Cour de cassation sur la crèche Baby Loup, quelle stratégie pour le combat laïque ?

Comme toujours, suite à cet arrêt, les Y-a-qu’à et les Faut-qu’on fleurissent sur la toile. Chacun y va de son point de vue. Sans effectuer le débat sur la stratégie à adopter. Car pour changer les choses, mieux vaut d’abord faire un état des lieux, puis définir les enjeux et enfin engager un processus qui mène vers une alternative. (suite…)

Mars et ça repart !

Si l’on n’est pas soumis à la dictature du court terme, si l’on n’est pas soumis à la dictature médiatique et à la pensée conformiste, si l’on refuse l’impasse de l’impatience des couches moyennes supérieures radicalisées et si l’on pense un processus par la mise en application d’une stratégie de l’évolution révolutionnaire, on voit beaucoup de potentiel dans ce mois de mars. Sous le froid germe l’avenir, pas une simple transformation sociale et politique, mais un nouveau pli historique.

Beaucoup de si, mais il en faut pour voir, comme Antonio Gramsci, le neuf surgir du vieux ! (suite…)

Hugo Chavez, vérités et mensonges

Hugo Chávez Frias n’est plus. Il a fait couler beaucoup d’encre. Cette dernière a permis d’écrire des vérités et aussi beaucoup de mensonges, en général par omission.
Ainsi, on n’a guère souligné que la constitution du Venezuela donne des pouvoirs au peuple en cours de mandat des élus, comme le référendum révocatoire utilisé une fois contre Hugo Chávez Frias. Une idée pour la France ? (suite…)

Retraites : ils veulent faire pire que leurs prédécesseurs !

Dans notre dernière livraison, nous avons déjà stigmatisé le projet du Medef aujourd’hui largement soutenu par des membres du gouvernement concernant les retraites complémentaires Agirc et Arrco.

De son côté, le Conseil d’orientation des retraites (COR) est mobilisé. (1)Les rapports du COR : http://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-1887.pdf et http://www.cor-retraites.fr/IMG/pdf/doc-1893.pdf

Son 11e rapport, avec pour titre « Retraites : perspectives 2020, 2040 et 2060 », lance le bal. Sur la base du scénario central démographique de 2010 établi par l’Insee et des perspectives économiques élargies par rapport à ses précédentes projections, le COR a imaginé trois scénarii économiques et deux variantes basées sur l’évolution du taux de chômage et de la productivité du travail à long terme.

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Notes de bas de page

L’assassinat de Chokri Belaïd et le bal des hypocrites dans la gauche française

Il y a un large consensus pour condamner cet assassinat. Tant mieux. Mais la lecture de certains articles écrits sur ce sujet par des organisations de gauche en France laisse un sentiment d’amertume dans la bouche.
Soyons clair ! Chokri Belaïd était un avocat, leader d’une des organisations de la gauche laïque en Tunisie. Son assassinat fait suite à de nombreuses interventions qu’il a faites contre les injustices sociales, pour le combat social, pour la transformation sociale et politique et contre le système islamiste en place autour du parti Ennahda. La veille de son assassinat, il avait fustigé ce parti islamiste comme vecteur de violence contre les citoyens démocrates. Il est clair que localement, un des enjeux du débat était le conflit entre la gauche laïque et la violence islamiste.  (suite…)

Sommet de l’UE : l’Allemagne n’a pas payé !

Comme prévu (cf. « L’Allemagne ne paiera pas … »), lors du sommet de ce 8 février sur le budget 2014-2020 de l’UE, Merkel, avec l’appui de Cameron, a imposé l’austérité budgétaire dans toute l’UE : le budget est réduit à 908 mds (en crédits de paiement), soit en baisse de 3,7 % par rapport au précédent, 2007-2013. Hollande peut bien faire valoir que c’est un « bon compromis », acceptable principalement parce qu’il préserve la PAC, les « keynésiens » ont perdu. On peut être atterrés du choix européen de généraliser l’austérité, mais les lois du capitalisme ne laissaient pas d’autre issue. En UE, la stimulation de la croissance n’est pas praticable, ni par la relance ni par la politique industrielle, telle du type Lisbonne 2000. (suite…)

Hypertension politique et sociale : les tâches de l’heure

Assassinat d’un dirigeant démocrate de gauche et situation incertaine en Tunisie ; en France feu nourri concomitant du Medef et de son allié la CFDT contre la CGT, mobilisation en France de la CGT et de FO suite à l’accord Medef-CFDT, attaque des médias dominants contre le droit de grève, le gouvernement français utilise le secteur public audiovisuel et son émission « C’est dans l’air » pour instruire le procès uniquement à charge contre la grève des fonctionnaires (aucun défenseur de la grève des fonctionnaires sur le plateau, trois néolibéraux sur trois intervenants et seul syndicat présent, l’UNSA qui n’avait pas appelé à la grève !), attaque en règle prévue du gouvernement contre la protection sociale solidaire sur 2013 (1)Financement, retraites, santé et assurance-maladie, perte d’autonomie, etc., nous entrons donc dans une période d’hypertension sociale et politique. Il est alors intéressant de voir qui est au front dans ces confrontations et de préciser les tâches de l’heure.

Il y a une alliance entre d’une part les néolibéraux et d’autre part des communautaristes et des intégristes. Notre tâche est donc de développer partout la stratégie du double front.

L’assassinat du secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié (PPDU), composante du Front populaire, Chokri Belaïd marque un tournant dans la transition tunisienne. Il arrive après de fortes tensions sociales et politiques. La veille de son assassinat, Chokri Belaïd dénonçait la légitimation de la violence politique par le mouvement Ennahda. Chokri Belaïd a souligné avec force que c’était là le sens concret de la solidarisation du Majlis Echoura (Conseil national) du mouvement Ennahda avec des éléments des Ligues de protection de la révolution (milices islamistes dépendant directement du parti islamiste) arrêtés dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat, le 18 octobre 2012, de Lotfi Nakdh, le coordinateur du mouvement Nidaa Tounes à Tataouine. (suite…)

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Financement, retraites, santé et assurance-maladie, perte d’autonomie, etc.

Les « grands » médias, la droite et le gouvernement appellent à la fin de la démocratie

Il était une fois, il y a très longtemps, en janvier 2013, un accord visant à diminuer les droits des salariés était signé d’une part par le Medef et d’autre part par 3 syndicats CFDT, CGC et CFTC. Les « grands » médias aux ordres, la droite, le gouvernement saluèrent cet accord en le déclarant « historique ». Il l’est, parbleu, mais pas pour les raisons souvent évoquées ! (suite…)

Le lobby bancaire fait la loi face aux régulateurs : révision à la baisse de Bâle III

Le comité de Bâle, régulateur mondial des banques, avait décidé en 2010 de règles prudentielles dites Bâle III, pour renforcer la résistance des banques en cas de nouveau krach. Il vient d’assouplir lesdites mesures.
Comme vous le savez, quand les banques prêtent de l’argent, elles n’ont pas cet argent, elles le créent, par inscription en compte. Pour sécuriser la création monétaire, elles doivent donc répondre à des règles concernant les ratios de leur bilan, notamment le ratio de fonds propres qu’elles doivent garder en réserve par rapport aux prêts consentis.
Dans le projet Bâle III de 2010, les actifs « très liquides » retenus pour le calcul du ratio étaient essentiellement composés des obligations gouvernementales et des fonds déposés auprès des banques centrales. Aujourd’hui, les régulateurs du comité de Bâle ont élargi la prise en compte des fonds pertinents à certaines actions, aux obligations d’entreprises notées au-delà de BBB- et à des titres adossés à des crédits hypothécaires résidentiels très bien notés. (suite…)

Le vote ouvriers-employés, clé de la transformation sociale et politique

Nous voilà entrant dans une nouvelle année. Nous avons montré dans notre dernier édito que cette année ne se présente pas sous de bons auspices pour la transformation sociale et politique, notamment en regard de la politique gouvernementale. Mais la question est aussi de savoir si le Front de gauche sera à la hauteur des enjeux ! Chance, c’est l’année des congrès des deux partis principaux du Front de gauche, le PC et le PG. Et nous avons même les textes qui servent de support aux motions définitives de ces congrès. Pouvons-nous lire dans ces textes des propositions de politiques alternatives à même de permettre d’enclencher la nécessaire transformation sociale et politique qui s’appuierait sur la volonté populaire générale ? Disons-le, on peut y lire beaucoup de bonnes choses. Mais, disons-le aussi, des manques font que le Front de gauche n’est pas à la hauteur des enjeux.
Principalement, rien n’est proposé pour rassembler les couches populaires ouvriers-employés dans une dynamique de transformation sociale et politique. (suite…)

La guerre sociale est bel et bien enclenchée

« La lutte des classes existe, et c’est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner, » dit Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches du monde. Dans les situations critiques, l’oligarchie dit ce qu’elle fait et fait ce qu’elle dit. Alors que les organisations salariales et politiques n’assument pas la réalité de la lutte des classes, qui se manifeste aujourd’hui par une grande offensive contre les droits culturels, sociaux et politiques, offensive qui va nous conduire à des guerres sociales dans tous les pays. Devant l’impossibilité d’une troisième guerre mondiale (vu le niveau des armements actuels) pour résoudre la crise globale que nous traversons, l’oligarchie engage des guerres sociales dans chaque pays. C’est pourquoi nous devons étudier « les mécanismes par lesquels la violence sociale s’exerce, et ne cesse de s’exercer et de recommencer à s’exercer », afin de se donner les moyens de réinventer une gauche digne de ce nom à l’échelle française, européenne et internationale. (suite…)

Des vœux pour ceux qui nous lisent et pour ceux qui ne nous lisent pas

Chaque aventure éditoriale procède d’une ambition ; dès le début celle de ReSpublica était de l’ordre du politique, je vais m’en expliquer.
Ce journal appelle d’abord à refuser d’être une poussière sur la table des débats, jusqu’au prochain rendez-vous électoral. A réfléchir avant d’apporter son bulletin de vote à ceux qui feront « bon » usage de notre mélancolie et de notre nausée. A ne pas céder à la tentation de l’abstention qui gagne tant de nos concitoyens.
Pour tous ceux qui ne veulent plus être balayés d’un revers de parole, il est nécessaire de lire et échanger des opinions mais également de partager nos inquiétudes sur les promesses des politiques.
Car les années de la Présidence précédente et les premiers mois de l’actuelle nous appellent à être vigilants à l’égard de toutes les propositions de campagne… C’est pourquoi nous refusons les reculades, les temporisations pour créer du débat alors qu’il n’en était pas besoin, et alors même que la capitulation en rase campagne devant les diktats européens a été immédiate…

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On ne peut contourner sans cesse le débat stratégique

Il est toujours possible de retarder le débat stratégique mais pas indéfiniment… Celui que nous avions entrouvert dans notre dernière livraison du journal, vient de resurgir suite à l’annonce du départ de Marc Dolez du parti de gauche.
Bien que nous ne partagions pas toutes les réponses apportées par Marc Dolez et leurs conséquences, force est de constater qu’il répond aux questionnements du débat stratégique qui ont été largement évacuées par le Front de gauche en croyant que seule l’euphorie du sentiment et de la croyance permettra la nécessaire émancipation culturelle, sociale et politique. (suite…)

Nouvelle donne résultant des législatives partielles de décembre 2012

Sur fond record d’abstentions, la saga de l’UMP n’a pas affaibli la mobilisation des électeurs UMP. Le Front de gauche augmente légèrement son pourcentage de voix mais dans un environnement moins concurrentiel dans la gauche de gauche. Le Front national ne fait pas de percée supplémentaire à celle effectuée en juin 2012. Par contre l’effondrement du PS est patent : en six mois, le candidat socialiste de la circonscription du Val-de-Marne n’est même plus au deuxième tour, le candidat de la circonscription des Hauts-de-Seine fait nettement moins bien que la somme de son score de juin 2012 et des candidats socialistes et écologistes qui n’avaient pas voté pour lui au premier tour de juin 2012. (suite…)

Impossible pour la zone euro et l’Union européenne de s’entendre !

Alors que le budget 2013 de l’Union est infime (138 milliards d’euros, soit 1,26 % du PIB européen), rien ne va plus ! Les désaccords font la une des journaux. Il n’y a même pas eu d’accord sur de grands travaux européens qui auraient pu être une petite bouffée d’oxygène à court terme. Soyons clairs cependant, cette bouffée d’oxygène n’aurait été que de courte durée vu qu’en période de crise intense due à la crise de profitabilité du capital, ces nouveaux débouchés ne seraient acquis qu’au prix d’un endettement encore plus grand et donc inacceptable pour l’oligarchie capitaliste. (suite…)